COMMENTAIRES HOMELISTIQUES

Samedi 5 juin 2010 6 05 /06 /2010 09:52

« Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l'aimerai, et je me Christ%20de%20grecomanifesterai à lui. » En écoutant ses paroles de Jésus, on pourrait croire que l’amour du Père et du Fils se présenterait un peu comme une récompense à celui que nous leur manifesterions. En fait, croire que dans notre relation au Père et au Fils l’initiative de l’amour nous reviendrait serait se méprendre. Ce n’est pas notre fidélité qui provoque Dieu à nous aimer mais c’est bien lui qui nous aime le premier.

Un peu plus loin dans le quatrième évangile, Jésus nous dit : « Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. » (Jn 15, 9-10) Jésus remonte ici à l’origine, à l’amour dont le Père l’a aimé et qui fonde le sien pour chacun des hommes. Le Père le premier nous a aimé. Il nous l’a manifesté en nous donnant son Fils unique pour que nous ayons la vie et la vie éternelle. Dès lors, tout croyant, en devenant par la foi un avec le Fils, entre dans un dialogue d’amour avec le Père. Il aime le Père et le Fils et cet amour appelle en retour le davantage du leur : « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui » (cf. évangile). Porté, par et dans cet amour, le disciple s’exerce alors au commandement suprême : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Il est capital de bien comprendre que ce commandement est avant tout une parole : « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ». Parole du Père au Fils et parole du Fils à ceux qui ont choisi de marcher à sa suite, parole de vie que nous sommes appelés à garder au plus profond de notre cœur et à mettre en pratique car en elle se trouve la clé du Royaume, le secret de la vie éternelle.

Jésus opère ici un déplacement. Il passe de l’extériorité d’un commandement à l’intériorité d’une parole qui peut dès lors rejoindre les croyants de tous les âges. Les commandements de Jésus et sa parole ne font qu’un. L’obéissance du disciple aux préceptes extérieurs du Seigneur, n’est en réalité que le prolongement d’une obéissance intérieure à une parole d’amour qui est venue le transformer et le mettre en marche. Cette parole, c’est le Christ lui-même, la Parole vivante, le Verbe que le Père a prononcé sur tout homme afin qu’il soit sauvé. Le Fils est la Parole d’Amour du Père et Jésus nous le révèle lorsqu’il nous dit : « La parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père qui m’a envoyé. »

C’est grâce à l’Esprit Saint que les disciples pourront pénétrer toute la signification de cette Parole et en goûter le fruit de vie : « l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit ». Cette mention de l’Esprit Saint, nous rappelle que nous sommes presque arrivés au terme du temps qui à Pâques nous séparait encore de l’Ascension et de Pentecôte. D’une certaine manière, en ce temps pascal au cours duquel Jésus nous enseigne sur le mystère de sa résurrection, il nous tranquilise si certains points nous semblent encore obscurs. Il nous promet de nous envoyer la lumière de l’Esprit Saint et nous invite à tourner déjà notre prière et nos appels vers celui-ci.

Le fait que Dieu garde en tout l’initiative nous est encore manifesté par l’envoi de l’Esprit Saint. Jésus n’étant plus physiquement présent au milieu de nous, c’est maintenant l’Esprit-Saint, Amour commun du Père et du Fils, envoyé par le Père au nom du Fils, qui nous introduit dans ce « demeurer » en Dieu. C’est lui qui nous enseigne ce grand mystère de notre vocation à l’Amour, née de l’Amour même de Dieu pour nous. Ce faisant, il nous configure comme de vrais disciples : « Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13, 34-35)

Le fruit de ce commandement d’aimer qui s’exprime dans le lavement des pieds c’est la paix que nous laisse le Seigneur. Qu’il nous la donne est le fruit de sa résurrection et de l’Esprit Saint attendu : « C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne »

Autrement dit, le Seigneur nous laisse faire la paix en ce monde mais pour ce faire il nous fait le don de sa paix, de la paix qu’il est. En effet, l’Ecriture parle de la « paix de Dieu » (Ph 4, 7) et plus souvent encore du « Dieu de la paix » (Rm 15, 33). « Paix » n’indique pas ici seulement ce que Dieu fait ou donne, mais également ce que Dieu est. La Paix est ce qui règne en Dieu.

Dans presque toutes les religions antiques, on rencontre des mondes divins vivant des conflits internes. Les mythes cosmogoniques babyloniens et grecs font état de divinités qui se font la guerre les unes les autres. De même, dans les systèmes religieux gnostiques, il n’y a ni unité ni paix entre les éons célestes, et l’existence du monde matériel est perçue précisément comme le fruit d’un incident ou d’un désaccord survenus dans le monde supérieur.

Cet arrière-fond religieux permet de mieux saisir la nouveauté absolue de la doctrine sur la Trinité comme union parfaite d’amour dans la pluralité des personnes divines. Dans l’un de ses hymnes, l’Eglise appelle la Trinité « océan de paix » et il ne s’agit pas seulement d’une expression poétique. Lorsque l’on contemple l’icône de la Trinité de Roublev, on perçoit une sorte de paix surhumaine qui en émane. Ce n’est pas si étonnant puisque le peintre a voulu traduire, dans une image, la devise de saint Serge de Radonej, pour le monastère duquel l’icône a été peinte : « Vaincre l’odieuse discorde de ce monde en contemplant la Très Sainte Trinité ». ».

Parmi les Pères de l’Eglise, le Pseudo-Denys l’Aréopagite est sans doute celui qui a le mieux mis en valeur cette paix qui vient de l’au-delà de l’histoire, du cœur de la Trinité. Pour lui, la paix est l’un des « noms de Dieu », au même titre que « amour ». Ainsi, lorsque le Christ nous dit : « je vous donne ma paix », il nous transmet bien ce qu’il est. Le véritable et suprême « artisan de paix » n’est donc pas un homme, c’est Dieu lui-même.

La paix est caractéristique de l’agir de Dieu dans la création et la rédemption. Or le propre d'un fils par rapport à son père est de partager le même agir que lui dans une parfaite communion de volonté. Nous comprenons alors pourquoi Jésus nous dit que ceux qui œuvrent pour la paix seront appelés « fils de Dieu ».

 

« Père, que ton Esprit ouvre nos cœurs au don de ta Paix dans la Parole d’Amour que tu prononces sur chacun d’entre nous en ton Fils Jésus-Christ. Que ton Esprit nous enseigne à l’actualiser dans le quotidien de nos vies à travers le commandement nouveau que ton Fils nous a laissé et qui nous renouvelle dans ta vie divine chaque fois que nous le mettons en pratique en étant des artisans de paix. »

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Samedi 5 juin 2010 6 05 /06 /2010 09:46

 

TOUS.jpg     FETE DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST(C)

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc 9, 11-17

 

 

Jésus parlait du Règne de Dieu à la foule, et il guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger : ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons...à moins d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce monde. » Il y avait bien cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante. » Ils obéirent et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à tout le monde. Tous mangèrent à leur faim, et l’on ramassa les morceaux qui restaient : cela remplit douze paniers.

 

Amen blanc

 

Des aspects divers

Tout au long de l’histoire de l’Eglise, on discerne une évolution des mentalités et de la pratique en ce qui concerne l’Eucharistie. Depuis le repas fraternel des premiers temps jusqu’à l’adoration du Saint Sacrement. En passant par la Fête-Dieu, qui a été instaurée seulement au Moyen Age. Aujourd’hui il ne s’agit plus de célébrer « Jésus hostie », le « divin prisonnier du tabernacle, l’hostie « consacrée » et la « présence réelle », mais d’en revenir à l’essentiel : dans un repas fraternel, faire mémoire du dernier repas du Christ, premier acte de la Passion. Jésus n’a pas dit : « Mettez-vous à genoux et regardez », mais « Prenez et mangez, faites cela en mémoire de moi. » Il s’agit donc, chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, d’un repas. Essayons d’en bien saisir l’importance et la signification.

Manger ensemble

"Nous allons manger ensemble". Essayons d'abord de réfléchir à la signification du geste de manger. C'est une des fonctions élémentaires les plus naturelles et les plus universelles de tout le vivant. On mange pour vivre. On a besoin de se nourrir. C'est normal. Et voilà que la nourriture que je mange va être transformée dans la merveilleuse usine qu'est mon corps et devenir partie intégrante de mon corps. Je l'ai assimilée, littéralement "incorporée" à moi-même. Elle ne fait plus qu'un avec moi.

Manger, oui, mais pas n'importe comment ! Il s'agit ici de "manger ensemble". Il s'agit d'un repas. On ne se rend compte de la chance qu'on a de pouvoir manger ensemble que lorsqu'on est privé de ce bonheur. Nos civilisations urbaines, nos conditions actuelles de travail obligent combien de nos contemporains à manger seuls dans leur coin, au self ou au Mc Do' ! Il y a là, à mon avis, une régression. On ne mange plus, on se nourrit, on s'alimente. Mais manger, c'est autre chose. Il ne faudrait pas perdre ce qui fait la richesse de nos civilisations : le repas, familial ou autre, au moins une fois par jour, à la même table. Car il ne s'agit pas seulement de s'alimenter, mais de "partager le même repas", avec tout ce que cela comporte d'intimité, de fraternité, d'amitié, de chaleur humaine. Le repas familial est un moyen extraordinaire pour souder les familles. Et d'abord si chacun "met la main à la pâte", l'un en plaçant le couvert, l'autre en servant, le troisième en faisant la vaisselle... Le repas comme œuvre commune. D'autre part, on parle de la "chaleur communicative des banquets". Riches banquets ou frustes agapes (le mot "agapes" désignait originellement le banquet fraternel des premiers chrétiens, avant de devenir par extension, le repas entre convives réunis par un sentiment de fraternité). Qui d'entre nous n'a pas le souvenir de ces repas de fête - baptême, communion, mariage ou banquet d'anciens combattants - où régnait une ambiance de joie, où le fait de manger, de se nourrir, n'était pas l'essentiel, mais l'occasion choisie pour vivre quelques heures de bonheur ; où l'essentiel était de se sentir en "communion" avec tous les convives !

Repas communautaire

Vous comprendrez certainement mieux, maintenant, pourquoi Jésus a choisi la forme du repas pour nous inviter à "faire mémoire". Essentiellement pour deux raisons : nous nourrir de son corps livré, de son sang versé (donc, de sa propre vie) et nous rassembler dans une même communauté d'amour.

"A l'origine, un événement : selon un usage juif, Jésus a partagé avant de mourir un repas avec ses disciples, rompant avec eux le pain "qui était son corps", et il les a invités à "faire cela en mémoire de lui". Ce repas religieux aux multiples significations a été transmis de génération en génération, comme un donné de tradition vivante..." (Jossua). Matthieu, Marc et Luc, ainsi que Paul dans la 1ère lettre aux Corinthiens, nous rapportent le même fait et la même invitation. Et, de fait, tous les témoignages concordent : dès que les chrétiens se rassemblent, c'est pour la "fraction du pain" (ainsi désignent-ils primitivement leurs repas communautaires). Non seulement le livre des Actes des Apôtres nous le rapporte, mais quantité de textes du IIe ou du IIIe siècle. Repas communautaires à date régulière - très tôt ce sera le "premier jour de la semaine", qui deviendra notre dimanche - qui indiquent la structure invariable de la liturgie eucharistique : les "deux tables", celle de la Parole et celle du pain et du vin.

 

Pain et vin

 

Pain et vin : ce ne sont pas n'importe quelle nourriture, n'importe quelle boisson. Pour la plus grande partie de l'humanité, le pain est comme le condensé, le symbole de la nourriture. On parle dès les premières pages de la Bible de "gagner son pain à la sueur de son front", et aujourd'hui, de "gagner sa croûte", de "casser la croûte". Recherchez le nombre de mots composés avec le mot "pain" : depuis "apanage" (proprement, nourriture assurée), copain (en vieux français "compaing"), compagnon, compagnie, compagnonnage, accompagner.. Tous indiquent, d'une manière ou de l'autre, que le pain n'est pas seulement nourriture, mais nourriture qui relie. Quant au vin (le bon, qui, nous dit la Bible, "réjouit le cœur de l'homme"), sans lui porter un culte comme le font certains puristes, il faut reconnaître qu'il facilite agréablement la communication. A la Cène, c'est Jésus qui est au centre de l'union fraternelle. Il est le maître qui donne à ses amis force, joie et union. Et les disciples en mangeant et buvant, accomplissent le geste de la plus totale appropriation, les choses mangées et bues n'étant pas simplement annexées à l'avoir du sujet, mais incorporées à son être.

Jésus a délibérément choisi le pain et le vin comme base essentielle du repas eucharistique. Plus même, il les a "sacralisés", puisque ce morceau de pain qu'il rompt, c'est son corps livré, nous dit-il ; cette coupe de vin, c'est son sang versé. Dans la foi, ce que nous mangeons, c'est le corps du Christ ; ce que nous buvons, c'est son sang. Corps et sang, totalement séparés, c'est la mort : la vie s'échappe du crucifié. Mais "ma vie, nul ne la prend, c'est moi qui la donne". Il donne sa vie pour nous en nourrir. Alors, "deviens ce que tu as reçu" (Saint Augustin).

Te voilà un "autre Christ". Car manger le corps du Christ et boire son sang, ce n'est pas anodin. Cela engage. De deux manières. D'abord, comme je viens de le souligner, en nous faisant, comme le Christ, serviteurs de nos frères. Saint Jean, qui, dans son évangile, ne rapporte pas l'institution de l'Eucharistie au soir du Jeudi Saint, rappelle, à la place, le lavement des pieds : le Christ qui se fait serviteur et qui engage fortement ceux qui vont communier à être eux aussi serviteurs. Deuxième conséquence : serons-nous vraiment "copains" de ceux qui viennent de partager avec nous le même repas ? L'aspect communautaire du sacrement de l'Eucharistie est primordial.

Dernière remarque. Si l'eucharistie est, selon la belle expression de saint Thomas, "cibus viatorum" (nourriture des gens qui sont en route), elle est également l'annonce du "banquet des noces éternelles". Nous chrétiens, tournés vers l'avenir, ne négligeons pas cette attente et ce désir de la fête sans fin, chaque fois que nous mangeons le corps du Christ et que nous buvons son sang.

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Vendredi 4 juin 2010 5 04 /06 /2010 22:50
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Année sacerdotale
8000 prêtres sont attendus à Rome, du 9 au 11 juin 2010, pour la clôture. Premier bilan.

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L'arche de Noé

Voyage de Benoît XVI à Chypre (4-6 juin 2010)
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Retour sur la Pentecôte 2010
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vendredi 04 juin 2010

Conférence des évêques

Message du cardinal Vingt-Trois au secrétaire général de la Conférence épiscopale turque suite à l'assassinat de Mgr Padovese

 

 

 

 

Développement durable

 

Le 5 juin 2010 aura lieu une journée de réflexion, d'échanges et d'ateliers pratiques pour mieux comprendre l'alliance entre l'Homme et l'environnement.

 

Fidei Donum en France - Un paysage nouveau- DE 4/2010

 

Regard sur les prêtres Fidei Donum venus du monde entier vivre leur ministère en France.

 

 

 

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Eléonore, jeune trisomique de 24 ans, nous encourage à donner pour la recherche.

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    Samedi 29 mai 2010 6 29 /05 /2010 05:12

    L'Esprit  vous guidera vers la vérité tout entière.

     

    trinite3.jpg
     

    LA SAINTE TRINITE (C)

     

    Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 16, 12-15

     

     

    Avant de passer de ce monde à son Père, Jésus disait à ses disciples : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il a entendu, et ce qui va venir, il vous l’expliquera. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous l’expliquer. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : il reprend ce qui vient de moi pour vous l’expliquer. »

    Amen blancQui est Dieu ?
     

    Qui est Dieu ? Bien malin celui qui pourrait le dire ! Ce n’est pas une simple boutade que je formule là. C’est un fait d’expérience. Déjà lorsqu’on parle d’une simple personne humaine, bien malin qui pourrait dire qui elle est. Je ne me connais pas moi-même - la sagesse grecque disait « Connais-toi toi-même »  - alors, à plus forte raison m’est-il difficile, sinon impossible de dire l’autre. Parlant de soi-même, l’auteur du psaume dit : « L’être étonnant que je suis ». Et c’est vrai. A la réflexion, il y a tant de choses étonnantes dans mes attitudes, mes comportements. Je m’étonne moi-même, j’essaie de me découvrir, et c’est une tâche jamais terminée Et donc, à plus forte raison de dire Dieu. L’intimité de toute personne a quelque chose de mystérieux et de secret. A plus forte raison l’intimité de Dieu. Alors, qui est Dieu ?

    Seul Dieu se connaît. Il se connaît parfaitement. C’est même en cela qu’il est Dieu. Et s’il est mystérieux pour ses créatures, il ne l’est pas en lui-même. Non seulement il se connaît, mais il est connu. C’est Jésus qui nous le dit : lui, il connaît parfaitement le Père. A tel point que le Père et lui ne font qu’un. Et entre les deux, il y a l’amour. Ce qui fait trois. « Nul ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Tout est dit ! C’est en Jésus Christ, c’est grâce à lui que je peux savoir qui est Dieu. Grâce à lui le secret de sa personne, son mystère propre m’est dévoilé.

    Indéfinissable ?

    Ce qui ne veut pas dire que je vais pouvoir dire Dieu avec mes mots humains, que je vais pouvoir le définir. C’est comme pour toute œuvre d’art. Je me souviens de la première fois où j’allais voir l’église du Sacré Cœur d’Audincourt, qui venait d’être terminée. Devant l’église, j’ai rencontré le P. Couturier et, profitant de l’occasion, je lui ai demandé de m’expliquer la très belle mosaïque de Jean Bazaine qui illumine la façade. Je me suis attiré cette réponse : « Il n’y a rien à expliquer, monsieur l’abbé. Il suffit de regarder, de contempler. » Il en est ainsi de toute œuvre d’art. Il en est ainsi, je crois, de toute personne humaine. Pour expliquer, c’est impossible. A plus forte raison quand il s’agit de dire Dieu.

    Et pourtant, les théologiens de tous temps et de toutes écoles ont essayé de définir Dieu, et de l’expliquer. Et ils en sont venus, au début du IVe siècle je crois, à employer le mot Trinité. Ce ne fut pas sans peine. Au concile de Nicée en 325, on rejetait l’idée de trois personnes en Dieu, parce que le mot de « personne » risquait d’établir une hiérarchie, une inégalité entre le Père, le Fils et l’Esprit. Or, en 381, le concile de Constantinople décrit Dieu comme « une trinité de personnes ». En 56 ans,  le contexte culturel avait changé et le mot « personne » ne signifiait plus la même chose. C’est vous faire toucher du doigt la difficulté qu’il y a pour dire le mystère divin. Comment, à travers nos pauvres mots humains, exprimer une réalité qui se révèle plus ou moins indicible ?

    Eh bien je crois qu’un seul mot peut dire Dieu en vérité C’est une personne : Jésus Christ. Qu’est-ce qui s’est passé ? D’abord, une expérience : celle des disciples. Ils ont rencontré cet homme, Jésus, si étonnant, si séduisant, et ils se sont tout de suite demandé : « Qui est-il ? » Leur réponse ne s’est pas faite d’un seul coup. Il a fallu une longue fréquentation, des questionnements et des doutes, des adhésions et des reculs, et même des reniements, avant qu’ils puissent – après la résurrection dont ils furent témoins – déclarer que Jésus est une personne divine. Ce Jésus qu’ils avaient fréquenté assidûment leur avait sans cesse parlé de Dieu comme de son père. Celui à qui dans sa prière il disait « abba », papa, le mot de l’intimité filiale. Par ailleurs, Jésus les avait longuement préparés à son départ en leur promettant de ne pas les abandonner, mais de leur communiquer son esprit, c’est-à-dire sa propre vie, une nouvelle manière de leur être intimement présent. Non plus à côté, mais en eux. Nouvelle forme de présence, invisible et cependant infiniment plus efficace et plus réelle.

    Comme une petite fille

    Les disciples ont d’ailleurs bien vite fait l’expérience de cette présence en eux de l’Esprit qui les animait et les poussait à constituer le nouveau peuple de Dieu. Dieu se révèle toujours dans son action dans l’histoire humaine. Si bien que, à partir de ce qu’il faisait dans le monde, les chrétiens ont déduit ce que Dieu était en lui-même. Et aussitôt des réminiscences ont afflué à leur esprit, issues de leur connaissance de la Bible. Ils se sont souvenus en particulier du livre de la Sagesse, qui présente la Sagesse divine – cette action de Dieu hors de Dieu, et qui pourtant est divine, puisqu’elle existe avant toute création - comme une petite fille qui s’amuse énormément à faire jaillir  les sources et à implanter les montagnes. Le contraire d’un Dieu solitaire comme tous les peuples l’ont toujours imaginé. Hélas !

    D’où les formules que nous trouvons dans les textes du Nouveau Testament qui nous présentent toutes Dieu Père, Fils et Esprit. Mais comment l’Unique peut-il être Père, Fils et Esprit ? C’est qu’il faut bien s’entendre sur cette idée d’unité en Dieu. Il ne s’agit aucunement d’une unité figée, mais d’une unité en genèse, toujours réalisée et toujours se faisant. Un peu comme notre corps qui ne tient que tant que ses divers éléments travaillent ensemble à l’unité de l’ensemble. Dieu est donc en lui-même échange, réciprocité. Ce qui est échangé, c’est Dieu lui-même, tout entier, toute sa substance. La solidité de Dieu, c’est la relation. Le fond de l’être est la relation.

    Voilà qui éclaire considérablement l’être humain, qui est image et ressemblance de l’Unique. En notre corps comme en notre esprit, nous sommes relations. Nous n’existons qu’en étant reliés. Tout découle de là.

    C’est ce qu’exprime saint Jean en une simple formule qu’il nous faut sans cesse approfondir : « Dieu est Amour ». L’amour, c’est la forme parfaite de la relation. Si Dieu est Amour, il n’y a pas d’amour sans objet aimé. Il s’aime. Il est aimé. Il nous aime. Il nous invite à entrer de plus en plus intensément dans sa vie d’amour.

      elpadr10

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    Samedi 29 mai 2010 6 29 /05 /2010 05:10

     

    LA SAINTE TRINITÉ (C)

     

    Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 16, 12-15

    A

    vant de passer de ce monde à son Père, Jésus disait à ses disciples : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il a entendu, et ce qui va venir, il vous l’expliquera. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous l’expliquer. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : il reprend ce qui vient de moi pour vous l’expliquer. »

    Amen blancMystère ?

    Les théologiens sont des gens sérieux qui, pour nous expliquer le mystère de la Sainte Trinité, que nous célébrons aujourd’hui, se servent d’idées, de systèmes de pensée, de mots qui, comme toute chose, vieillissent et meurent, et donc deviennent insignifiants. Il en est ainsi, pour commencer, du mot « mystère ». Si je vous dis de quelqu’un qu’il est pour moi un mystère, cela signifie qu’il n’y a rien à faire : jamais je ne pourrai savoir qui il est. Alors on baisse les bras. Or le mot « mystère », employé par les théologiens, ne veut pas désigner quelque chose d’incompréhensible, mais quelque chose que Dieu dit de lui-même : une manière de se faire connaître. Par ailleurs, vous auriez beau consulter toute l’Écriture, vous n’y trouverez jamais le mot Trinité. Il n’y est jamais question de « trois personnes » : l’Écriture ne compte pas, ne calcule pas. Les textes nous parlent du Père de Jésus Christ, du Fils, de l’Esprit, mais c’est justement, nous dit-elle, cet Esprit qui « vous guidera vers la vérité totale ». Donc, tout n’est pas dit de Dieu dans l’Écriture.

    Quelqu'un qui s'amuse

    Heureusement, nous avons Jésus Christ. Avec lui, Dieu est donné, totalement. A nous de chercher qui il est, en vérité. Et pour cela, d’abord, lire l’Écriture. Qui est Dieu ? Ce matin, le livre de la Sagesse nous le présente d’abord comme quelqu’un qui s’amuse prodigieusement à créer, à faire jaillir des sources, à implanter des montagnes, à affermir solidement les cieux ; une sorte de magicien sous la main duquel jaillissent plantes et animaux de toutes espèces. Et la Sagesse ajoute : « Quand il affermit les cieux... j’étais là, à ses côtés, faisant ses délices, m’ébattant sur la surface de la terre et trouvant mes délices avec les fils des hommes ». Déjà le livre de la Genèse nous l’avait présenté comme un sculpteur, formant de ses mains l’être humain. Il faut croire que cette figure lui plut, puisqu’il souffla dans ses narines son propre souffle de vie. Et nous voilà donc, vivant de son propre Souffle, portant en nous une semence de vie divine, dans une capacité de croissance illimitée. Voilà, en gros, ce que nous apprend l’Ancien Testament.

    Qui me voit, voit le Père

    Le Nouveau Testament, poursuivant sur la même lancée, nous présente Jésus comme l’être humain en qui cette capacité de croissance a atteint son plein développement. On ne peut pas être plus humain qu’il ne l’est : en sa personne le rêve créateur de Dieu s’accomplit parfaitement, à un tel point qu’il en est Dieu même. Parfaitement Dieu et parfaitement homme. C’est à dire qu’il manifeste dans tous les actes de sa vie d’homme ce que Dieu est. « Qui me voit, voit le Père », dira-t-il à Philippe. Il nous révèle dans toute sa vie la richesse infinie de la relation, la capacité d’aimer qui est Dieu même.

    C’est particulièrement grâce à l’évangile de Jean que nous savons un peu de ce que Jésus a révélé de son être propre à ses amis. Il nous parle essentiellement de sa relation avec Dieu. Dieu, c’est son Père, et tous deux sont étroitement unis dans un Amour qu’il nomme : c’est l’Esprit. Si bien que son Père et lui ne font qu’un. C’est une première manière de dire la vie affective de Dieu : la paternité et la filiation. Il y a d’autres manières pour dire cette vie affective. Jésus dit que son Père est comme une tendre mère. Il se compare lui-même à un époux. Et aussi, d’autres fois, à un berger. Mais toutes ces images ne sont que des images, des manières balbutiantes de dire l’Amour qui est Dieu. On devine facilement que Dieu est plus grand, plus riche et plus beau que tout ce qu’on peut en dire, que toutes les images. On se rend compte alors que les mots sont pauvres. Alors, Jean, dans ses écrits, résume tout en une brève formule : « Dieu est amour ».

    Beaucoup plus tard...

    Ce n’est que beaucoup plus tard, au IVe siècle, qu’on invente un mot pour décrire cette « danse de vie » qu’est Dieu. On s’est mis à parler de Trinité. Et à partir de cela, tout va se compliquer. On parlera de « personnes », de « nature » et même de « circumincession ». Et chaque fois que le contexte culturel change, les mots ne sont plus valables : ils n’ont pas le même contenu. Ainsi du mot « personne » qui n’avait pas le même sens en 325, lors du premier Concile de Nicée, qu'en 381 lors du Concile de Constantinople. Alors dire la Trinité comme le mystère d’un seul Dieu en trois personnes ! Saint Augustin écrit : « Ils sont trois quoi ? » Et il répond : « Pour ne pas rester sans rien dire ! » Pendant des siècles, les théologiens se sont mis à batailler autour de ces mots, comme souvent ils savent le faire. A grand coup d’excommunications, inventant même diverses hérésies, et créant des divisions entre Églises, divisions dont certaines demeurent jusqu’à nos jours.

    La trace d'une expérience

    Or, « le langage est infirme pour dire Dieu ». Il faut se le redire, pour avancer. A travers nos mots infirmes, nous visons une réalité indicible. Le seul mot qui dise Dieu en vérité est une personne : Jésus Christ. Or, une personne, on ne la connaît qu’en la fréquentant, en échangeant avec elle, en l’aimant. La Trinité n’est accessible que par la prière. Quant aux formules, elles ne sont valables que si elles sont la trace d’une expérience. Je vous souhaite de pouvoir dire Dieu comme échange, relation, donc donné et reçu. Je vous souhaite de pouvoir entrer dans cette relation, à vous unir à la Sagesse qui « prenait ses ébats sur la face de la terre. » Dieu est Amour. Un point c’est tout. Et chaque fois que nous aimons en vérité, nous participons à la vie même de Dieu, dans cette réalité en laquelle Dieu est à la fois l’aimant, l’aimé et l’amour qui les unit.

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    Par ELPADRE - Publié dans : COMMENTAIRES HOMELISTIQUES - Communauté : Chrétien
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