SE SOUVENIR DE CEUX QUI SONT PASSES

Mardi 11 mai 2010 2 11 /05 /2010 00:00

13 mai

Anniversaire des apparitions de Notre-Dame à Fatima

Homélie du Cardinal Secrétaire d’Etat, Mgr Sodano
pour le soixante-quinzième anniversaire
des apparitions de Fatima (13 mai 1992)

 

 :

le charisme de Fatima

Pie XII et Fatima

Paul VI et Fatima

Jean-Paul II et Fatima

Marie et l'histoire comtemporaine

Un regard sur l'avenir

Une prière à Marie

 


Messieurs les Cardinaux et vénérés confrères dans l'épiscopat, illustres autorités, frères et sœurs dans le Seigneur !

« Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a jeté les yeux sur son humble servante. Oui, désormais, toutes les générations me diront bienheureuse.[1]   »

C'est avec une grande joie et une grande émotion que le Pape Jean-Paul II s'unit à vous en ce glorieux 13 mai 1992 « pour louer et glorifier le Seigneur, donateur de tout bien et pour bénir et remercier celle à travers les mains de qui la munificence divine nous communique des torrents de grâces.[2]   »

La Bienheureuse Vierge Marie a réservé à cette noble terre portugaise, « Terre de Sainte Marie » parce qu'elle est consacrée depuis ses origines à la Mère de Dieu, un rôle particulier, la favorisant par sa présence maternelle, ses dons extraordinaires et ses messages de foi et de paix.

 

Le charisme de Fatima  

Il y a désormais soixante-quinze ans que Marie éduque, de Fatima, non seulement les simples croyants mais tous les peuples et toutes les nations de la terre à la conversion, à la concorde, à la communion, à la solidarité, à la fraternité, à la paix synthèse de tout bien, qu'il faut implorer comme don précieux de Dieu à l'humanité.

Voilà le « charisme de Fatima », transmis par Marie à trois simples et pauvres enfants, interlocuteurs privilégiés des merveilles du royaume de Dieu. C'est le message évangélique qui voit dans la conversion et dans la prière les instruments efficaces pour obtenir la paix dans la charité et dans la liberté, comme horizon de l'existence quotidienne des peuples. rassemblés dans l'unique famille de Dieu sous le Dieu sous le patronage de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l'Eglise et de l'humanité.

Après soixante-quinze ans, Fatima n'a non seulement pas perdu de son actualité, mais a développé sa voix prophétique exceptionnelle. Les Souverains Pontifes romains, qui au cours des années ont recueilli et médité avec foi l'exhortation de Marie, en enrichissant l'attrait de cette terre bénie de leur parole inspirée et de leur présence encourageante et bienfaisante, en sont un témoignage précieux et qui fait autorité.

 

Pie XII et Fatima  

En 1942 pour le vingt-cinquième anniversaire des apparitions, Pie XII (qui par une mystérieuse disposition de la Providence avait reçu son ordination épiscopale précisément le 13 mai 1917) alors qu'en Europe et dans le monde entier sévissait la tragédie de la guerre fratricide, éleva à la Bienheureuse Vierge de Fatima, reine de la paix, une supplique ardente et confiante pour implorer du Père riche de miséricorde, à travers l'intercession maternelle de Marie, la concorde entre les nations et la liberté pour l'Eglise. A cette occasion, il confia pour la première fois tout le genre humain au Cœur immaculé de Marie, afin que l'amour et le patronage de la Mère de Dieu hâte le triomphe du royaume de Dieu, de sorte que tous les peuples, d'une extrémité à l'autre de la terre, puissent entonner avec Marie « l’éternel Magnificat de gloire, d'amour, de reconnaissance envers le Cœur de Jésus, le seul en qui ils puissent trouver la Vérité, la Vie et la Paix.[3]   »

 

Paul VI et Fatima  

Paul VI, le 21 novembre 1964, dans le discours de clôture de la troisième phase du Concile Vatican II, en rappelant la consécration solennelle au Cœur immaculé de Marie faite par Pie XII, promit d'envoyer « la rose d'or » à ce sanctuaire qui lui était très cher, en signe de consécration aux soins de la céleste Mère de toute la famille humaine avec ses problèmes et ses peines, avec ses aspirations légitimes et ses espoirs ardents[4]  . Le même Paul VI, le 13 mai 1967, pour le cinquantième anniversaire des apparitions, vint ici humblement et en pèlerin confiant, en signe de grande dévotion à Marie, vénérée par de nombreuses foules de fidéles pour son cœur « maternel et plein de compassion.[5]   » Il pria avant tout pour « l’Eglise une, sainte, catholique, apostolique », pour sa paix intérieure et pour sa renaissance spirituelle, implorant de Marie une « Eglise vivante, une Eglise vraie, une Eglise unie, une Eglise sainte.[6]   » La prière du Pape Paul VI devint plus triste au souvenir de l'Eglise du silence et des chrétiens martyrisés.

La deuxième intention de sa prière aux pieds de la Reine de la Paix fut l'imploration du don de la paix à l'humanité entière, continuellement menacée dans son existence même que ce soit par des guerres continues et par un terrible arsenal d'armes mortelles, ou par la faim et l'indigence dans différentes régions de la terre. Le caractère dramatique de l'heure faisait croître la confiance du Pape en l'intercession de Marie, Mère de l'Eglise et de l'humanité, et en l'efficacité de la prière et de la pénitence, comme moyens adaptés pour invoquer de Dieu la concorde entre les nations.

 

Jean-Paul II et Fatima  

Recueillant ce précieux héritage marial, le Souverain Pontife Jean-Paul II a manifesté plusieurs fois sa reconnaissance filiale envers la Bienheureuse Vierge de Fatima, pour la remercier de sa protection maternelle au moment du danger et pour répondre par la prière et les actes à son message de paix. Son premier pèlerinage ici à Fatima, le 13 mai 1982, eut lieu exactement un an après l'attentat de la place Saint-Pierre, qui coïncida mystérieusement avec le Jour anniversaire de la première apparition de Marie, le 13 mai 1917. Le Pape, élevant avec gratitude son hymne de louange à sa Mère et Maîtresse, proposa à nouveau à toute l'Eglise et à toute l'humanité le message de la conversion, de la pénitence et de la prière surtout avec le saint rosaire. Ce message constitue en effet le centre de l'annonce faite par Marie dans le « Cova da Iria », avec un langage simple et compréhensif, aux trois jeunes, Lucie, François et Jacinthe, avec un message spécifique pour les hommes du vingtième siècle. Soixante-cinq ans après les apparitions (disait alors le Pape) « il n'est pas difficile de découvrir que cet amour salvifique de Mère comprenne dans son ampleur, de façon particulière, notre siècle.[7]   »

A la même occasion, le Pape renouvelait la consécration de l'humanité au Cœur immaculé de Marie, confiant à son intercession maternelle ces peuples et ces populations ayant plus particulièrement besoin de cette offrande et de cette consécration[8]  

Cet acte fut répété par le Pape sur la place Saint-Pierre devant la statue de la Madone de Fatima et, sur son invitation par tous les fidèles chrétiens lors de la solennité de l'Annonciation du Seigneur au cours du Carême 1984, année jubilaire de la Rédemption. Le fait de renouveler la consécration à Marie (disait le Pape) correspond « aux attentes de nombreux cœurs humains, désireux de renouveler à la Vierge Marie le témoignage de leur dévotion et de lui confier les afflictions et les multiples maux du présent, les craintes des menaces qui pésent sur l'avenir, les préoccupations pour la paix et la justice au sein des nations et dans le monde entier[9]  . »

 

Marie dans l’histoire contemporaine  

Cette invocation ferme et répétée de la protection de Marie, reine de la paix, dont les Souverains Pontifes se sont faits les porte-parole, a trouvé une réponse historique éclatante dans les événements extraordinaires de réconciliation et de liberté politique et religieuse qui se sont vérifiés en Europe et dans de nombreuses parties du monde ces derniers temps. Cette transformation de la scène internationale a poussé l'année dernière le Souverain Pontife Jean-Paul II à revenir ici à Fatima, pour rendre encore une fois grâce, publiquement et solennellement, au Seigneur de l'histoire pour les merveilles réalisées dans le monde par l'intercession de Marie.

I1 y a exactement un an, le 13 mai 1991, c'est encore ici à Fatima que le Pape renouvelait une nouvelle fois l'acte de consécration de l'humanité entière à Marie avec une invocation inoubliable : « Une fois encore, nous nous tournons vers toi, Mère du Christ et de l'Eglise, rassemblés à tes pieds dans la Cova da Iria, pour te remercier de ce que tu as fait pour l'Eglise, pour chacun de nous et pour l'humanité entière, au cours de ces années difficiles. ‘ Monstra te esse Matrem ! ’, tant de fois nous t'avons invoquée ici pour te remercier, car tu nous a toujours écoutés.[10]   »

Le Pape supplia la Mère de l'espérance de bien vouloir continuer à concéder sa protection maternelle et à cheminer avec l'Eglise et l'humanité en cette fin de vingtième siècle. De Fatima, presque une deuxième Nazareth pour Marie sur terre et demeure de consolation et de lumière pour les peuples, le Pape lança un nouvel appel à l'Eglise : ouvrir son cœur avec humilité et courage non seulement à la conversion et à la prière, mais à l'œuvre de la nouvelle évangélisation du continent européen et du monde sous la protection de Marie, « Mère de l'Eglise, missionnaire sur les chemins de la terre dans l'attente du troisième millénaire chrétien.[11]   »

 

Un regard sur l'avenir  

Dans cet ensembe de témoignages des Souverains Pontifes, Fatima apparaît non seulement comme une noble et véritable expression d'authentique dévotion mariale, mais aussi comme une merveilleuse et prophétique page d'histoire de toute l'humanité, illuminée et guidée vers la pleine liberté et vers la vraie vie par la présence prévoyante de Dieu soutenue par l'intercession maternelle de Marie. La Bienheureuse Vierge, continuant sa médiation de Mère, répéte encore aujourd'hui : « Faites tout ce qu'il vous dira.[12]   » Elle nous invite donc à l'écoute et à la réalisation de la parole du Christ ressuscité qui, en montant vers le Père, dit à ses disciples : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous pour toujours, jusqu'à la fin du monde.[13]   »

Marie invite les chrétiens à réaliser le commandement de Jésus et à poursuivre avec courage la construction d'une nouvelle civilisation de l'amour fondée sur l'annonce de Jésus-Christ, unique sauveur du monde[14]  . En nous approchant du seuil du troisième millénaire, Fatima, cénacle de spiritualité mariale et phare de spiritualité missionnaire nous incite à entreprendre avec courage et espérance le chemin de la nouvelle évangélisation avec l'engagement de remettre aux nouvelles générations le don de la bonne nouvelle de Jésus, en tant qu'héritage humain et spirituel très précieux capable d'illuminer et de guider le nouvéau millénaire d'histoire de l'humanité dont nous sommes désormais proches.

De cette noble terre portugaise, d'où partirent il y a plusieurs siècles les pionniers de mémorables découvertes géographiques et d’extraordinaires entreprises missionnaires, et de cette maison de Marie sur l'Atlantique, ouverte sur les horizons illimités du monde, le Cœur immaculé de Marie continue à être le cœur d'une mère qui prend soin non seulement des individus, mais aussi des peuples et des nations avec un dévouement total à la mission rédemptrice de son Fils.

 

Une prière à Marie

 O Marie, en te rendant grâces pour les dons abondants que tu nous a concédés en ce siècle béni, nous désirons faire nôtres les sentiments de ton Cœur immaculé et chanter avec toi le Magnificat de la plus profonde reconnaissance au Seigneur. Oui, chacun de nous sent aujourd'hui le devoir de répéter : « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur ! »

 O Mère du Christ, veille sur toute l'humanité ; toi qui es miséricordieuse, penche-toi surtout sur ces nations qui sont déchirées par des guerres fratricides et prépare-leur des jours meilleurs !

 O Mère de l'Eglise, assiste tous les enfants dispersés dans le monde et veille avec la tendresse d'une mère, sur notre Saint-Père Jean-Paul II, sur les pasteurs et les fidèles, sur les religieux et les religieuses, pour que le nom du Christ ton Fils soit toujours plus glorifié parmi les peuples du monde entier.

 O Etoile de l'évangélisation, illumine ceux qui n'ont pas encore la chance de connaître le Christ, ton Fils, qui est pour tous « la Voie, la Vérité et la Vie.   [15]   »

O Mère de l'unité rassemble tous les chrétiens dans la pleine communion ecclésiale, afin que l'Eglise du Christ soit comme un drapeau lumineux élevé parmi les peuples et que le monde croie en ton Fils Jésus !

O Mère de Miséricorde, réconforte en particulier ceux qui souffrent à cause de la maladie, de la pauvreté, des épreuves de la vie !

O Marie, Aide des chrétiens, prends-nous par la main et guide-nous dans notre pèlerinage terreske, jusqu'à la rencontre avec ton Fils Jésus !

Nous nous en remettons à toi, ô Mère ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie !

 


[1]   Evangile selon saint Luc, I 46-48.

[2]   Pie XII : Message radiophonique du 31 octobre 1942 aux fidèles portugais, à l'occasion des célébrations en l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie de Fatima.

[3]   Pie XII : Message radiophonique du 31 octobre 1942 aux fidèles portugais, à l'occasion des célébrations en l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie de Fatima.

[4]   Paul VI : discours de clôture de la troisième phase du Concile.

[5]   Paul VI : Exhortation apostolique « Signum magnum ».

[6] Paul VI : « Summi Pontificis Peregrinantis iter in Lusitaniam »

[7] Jean-Paul II : homélie à Fatima.

[8] Jean-Paul II : Acte d'offrande à la Bienheureuse Vierge Marie.

[9] Jean-Paul II : Acte de consécration au Cœur immaculé de la Mère de Dieu. Lettre à tous les évêques.

[10] Jean-Paul II : Acte d'offrande et de consécration à Marie.

[11] Jean-Paul II : discours aux évêques de la Conférence épiscopale portugaise.

[12] Evangile selon saint Jean, II 5.

[13] Evangile selon saint Matthieu, XXVIII 19-20.

[14] Jean-Paul II : Encyclique « Redemptoris missio », n° 4.

[15] Evangile selon saint Jean, XIV 6.

 

Par ELPADRE - Publié dans : SE SOUVENIR DE CEUX QUI SONT PASSES - Communauté : Chrétien
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Mercredi 21 avril 2010 3 21 /04 /2010 18:46

 

      madre teresa calcutta

 

“ Par mon sang, je suis albanaise. Par ma nationalité, indienne. Par ma foi, je suis une religieuse catholique. Pour ce qui est de mon appel, j’appartiens au monde. Pour ce qui est de mon cœur, j’appartiens entièrement au Cœur de Jésus.”

 

Petite de stature, avec une foi solide comme le roc, Mère Teresa de Calcutta, se vit confier la mission de proclamer la soif infinie de l’amour de Dieu pour l’humanité, en particulier pour les plus pauvres des pauvres, “Dieu aime toujours le monde et Il nous envoie, vous et moi, pour être son amour et sa compassion auprès des pauvres.” C’était une âme remplie de la lumière du Christ, brûlante d’amour pour lui et consumée d’un seul désir: “apaiser sa soif d’amour et des âmes.”

 

Cette messagère lumineuse de l’amour de Dieu est née le 26 août 1910 à Skopje, une ville située aux croisements de l’histoire des Balkans. Cadette de Nikola et Drane Bojaxhiu, elle fut appelée Gonxha Agnès ; elle reçut sa première communion à l’âge de cinq ans et demi et fut confirmée en novembre 1916. Le jour de sa première communion, elle fut remplie d’un grand amour pour les âmes. La mort soudaine de son père quand elle avait environ huit ans, laissa la famille dans une condition financière difficile. Drane éleva ses enfants avec amour et fermeté, influençant beaucoup le caractère et la vocation de sa fille. La formation religieuse de Gonxha fut soutenue par la paroisse jésuite très active du Sacré Cœur dans laquelle elle était bien engagée.

 

A l’âge de dix-huit ans, poussée par le désir de devenir missionnaire, Gonxha quitte sa maison en septembre 1928 pour rentrer à l’Institut de la Vierge Marie, connu sous le nom de Sœurs de Lorette, en Irlande. Là, elle reçut le nom de Sœur Mary Teresa, après Sainte Thérèse de Lisieux. En décembre, elle part pour l’Inde, et arrive à Calcutta le 6 janvier 1929. Après avoir fait ses premiers vœux en mai 1931, Sœur Teresa fut envoyée à la communauté de Loretto Entally à Calcutta et enseigna à l’école de filles, Sainte Marie. Le 24 mai 1937, Sœur Teresa fit ses vœux perpétuels devenant, comme elle disait, “l’épouse de Jésus” pour “toute l’éternité.” A partir de ce moment-là, elle fut appelée Mère Teresa. Elle continua à enseigner à Sainte Marie et en 1944 devint la directrice de l’école. Les vingt années de Mère Teresa à Lorette furent remplies d’une joie profonde, elle était très pieuse, aimant profondément ses sœurs et ses élèves. Remarquée pour sa charité, sa générosité et son courage, sa résistance au travail et douée d’un talent naturel pour l’organisation, elle vécut sa consécration à Jésus, au milieu de ses compagnes, avec joie et fidélité.

 

Le 10 septembre 1946, en route pour sa retraite annuelle à Darjeeling, Mère Teresa reçut dans le train son “inspiration”, son “appel dans l’appel”. Ce jour-là, d’une manière qu’elle n’expliquera jamais, la soif de Jésus d’aimer et sa soif pour les âmes prit possession de son cœur et le désir de satisfaire cette soif devint la motivation de sa vie. Au cours des semaines et des mois suivants, Jésus lui révéla, par des locutions intérieures et des visions, le désir de son cœur d’avoir“des victimes d’amour”, qui “diffuseraient son amour sur les âmes.” Il la suppliait “Viens, sois ma lumière”. “Je ne peux y aller seul.” Il lui révéla sa douleur devant la négligence envers les pauvres, son chagrin d’être ignoré d’eux et son immense désir d’être aimé par eux. Il demanda à Mère Teresa d’établir une communauté religieuse, les Missionnaires de la Charité, dédiée au service des plus pauvres d’entre les pauvres. Presque deux ans d’épreuves et de discernement passèrent avant que Mère Teresa ne reçoive la permission de commencer. Le 17 août 1948, elle se revêtit pour la première fois de son sari blanc, bordé de bleu et passa les portes de son couvent bien-aimé de Lorette pour entrer dans le monde des pauvres.

 

Après un stage de courte durée chez les Sœurs de la Mission Médicale à Patna, Mère Teresa retourna à Calcutta et trouva un logement temporaire chez les Petites Sœurs des Pauvres. Le 21 décembre, elle alla pour la première fois dans les bidonvilles. Elle visita quelques familles, lava les plaies de plusieurs enfants, prit soin d’un vieil homme malade allongé dans la rue et d’une femme tuberculeuse mourant de faim. Elle commençait chaque journée en communion avec Jésus dans l’Eucharistie et puis elle sortait, le chapelet à la main, pour le trouver et le servir dans“les rejetés, les mal-aimés, les négligés.” Après quelques mois, ses anciennes élèves la rejoignèrent une par une.

 

Le 7 octobre 1950, la nouvelle congrégation des Missionnaires de la Charité était officiellement établie dans l’Archidiocèse de Calcutta. Au début des années 60, Mère Teresa commença à envoyer ses sœurs dans d’autres régions de l’Inde. L’approbation accordée par le Pape Paul VI en février 1965 l’encouragea à ouvrir une maison au Venezuela. Ce fut bientôt suivi par des fondations à Rome et en Tanzanie et finalement, sur tous les continents. Commençant en 1980 et continuant à travers les années 90, Mère Teresa ouvrit des maisons dans presque tous les pays communistes, y compris l’ancienne Union Soviétique, l’Albanie et Cuba.

 

Afin de mieux répondre aux besoins physiques aussi bien que spirituels des pauvres, Mère Teresa fonda Les Frères Missionnaires de la Charité en 1963, en 1976 la branche contemplative des sœurs, en 1979 les Frères Contemplatifs, et en 1984 les Pères Missionnaires de la Charité. Cependant son inspiration n’était pas limitée à ceux qui avaient une vocation religieuse. Elle forma les Coopérateurs de Mère Teresa et les Coopérateurs Malades et Souffrants, personnes de fois et nationalités différentes avec qui elle partageait son esprit de prière, de simplicité, de sacrifice et son apostolat pour les humbles travaux d’amour.Cet esprit inspira plus tard les Laïques Missionnaires de la Charité. En réponse aux demandes de beaucoup de prêtres, en 1981 Mère Teresa commença aussi le mouvement Corpus Christi pour les prêtres, traçantun “petit chemin de sainteté” pour ceux qui désirent partager son charisme et son esprit.

 

Durant ces années de croissance rapide, le monde commença à tourner son regard vers Mère Teresa et le travail qu’elle avait commencé. Elle reçut de nombreux prix pour honorer son travail, en commençant par le prix indien Padmashri en 1962 et le Prix Nobel de la Paix en 1979, alors que les médias, avec un intérêt grandissant, commençaient à suivre ses activités. Elle reçut tout cela “pour la gloire de Dieu et au nom des pauvres”.

 

L’ensemble de la vie et de l’œuvre de Mère Teresa témoignent de la joie d’aimer, de la grandeur et dignité de chaque être humain, de la valeur de chaque petite chose faite avec foi et avec amour, et, par-dessus tout, de l’amitié avec Dieu. Mais il y avait un autre côté héroïque de cette grande femme qui fut révélé seulement après sa mort. Cachée aux yeux de tous, cachée même à ses plus proches, sa vie intérieure fut marquée par l’expérience d’un sentiment profond, douloureux et constant d’être séparée de Dieu, même rejetée par lui, accompagné d’un désir toujours croissant de son amour. Elle appela son expérience intérieure, “l’obscurité”. La “ nuit douloureuse ” de son âme qui débuta à peu près au moment où elle commençait son travail pour les pauvres et qui continua jusqu’à la fin de sa vie, conduisit Mère Teresa à une union toujours plus profonde avec Dieu. A travers cette obscurité, elle participa mystiquement à la soif de Jésus dans son désir d’amour douloureux et ardent, et elle partagea la désolation intérieure des pauvres.

 

Durant les dernières années de sa vie, malgré des problèmes de santé de plus en plus sérieux, Mère Teresa continua à gouverner sa congrégation et à répondre aux besoins des pauvres et de l’Eglise. En 1997, les sœurs de Mère Teresa étaient au nombre d’environ 4000 et étaient établies dans 610 fondations réparties dans 123 pays du monde. En mars 1997, elle bénit la nouvelle supérieure générale des Missionnaires de la Charité récemment élu et elle effectua encore un voyage à l’étranger. Après avoir rencontré le Pape Jean Paul II pour la dernière fois, elle rentra à Calcutta et passa ses dernières semaines à recevoir des visiteurs et à enseigner es sœurs. Le 5 septembre fut le dernier jour de la vie terrestre de Mère Teresa. Elle reçut du gouvernement de l’Inde les honneurs de funérailles officielles et son corps fut enterré dans la Maison Mère des Missionnaires de la Charité. Sa tombe devint rapidement un lieu de pèlerinage et de prière pour les gens de toutes fois, riches et pauvres. Mère Teresa laissa le testament d’une foi inébranlable, d’un espoir invincible et d’une charité extraordinaire. Sa réponse à la cause de Jésus, “Viens sois ma lumière”, fit d’elle une Missionnaire de la Charité, une “mère pour les pauvres”, un symbole de compassion pour le monde et un témoignage vivant de la soif d’amour de Dieu.

 

Moins de deux ans après sa mort, dû à la réputation de sainteté largement répandue de Mère Teresa et au rapport des faveurs reçues, le Pape Jean Paul II permit l’ouverture de sa cause de canonisation. Le 20 décembre 2002, il approuva les décrets de ses vertus héroïques et miracles.

 

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BÉATIFICATION DE MÈRE TERESA DE CALCUTTA

HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

Journée Mondiale des Missions
Dimanche 19 octobre 2003

 

1. "Celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l'esclave de tous" (Mc 10, 44). Ces paroles de Jésus aux disciples, qui ont retenti il y a peu sur cette place, indiquent quel est le chemin qui conduit à la "grandeur" évangélique. C'est la route que le Christ lui-même a parcourue jusqu'à la Croix; un itinéraire d'amour et de service, qui renverse toute logique humaine. Être le serviteur de tous!

C'est par cette logique que s'est laissée guider Mère Teresa de Calcutta, Fondatrice des Missionnaires de la Charité, hommes et femmes, que j'ai la joie d'inscrire aujourd'hui dans l'Album des Bienheureux. Je suis personnellement reconnaissant à cette femme courageuse, dont j'ai toujours ressenti la présence à mes côtés. Icône du Bon Samaritain, elle se rendait partout pour servir le Christ chez les plus pauvres parmi les pauvres. Même les conflits et les guerres ne réussissaient pas à l'arrêter.

De temps en temps, elle venait me parler de ses expériences au service des valeurs évangéliques. Je me rappelle, par exemple, de ses interventions en faveur de la vie et contre l'avortement, notamment lorsqu'elle reçut le prix Nobel pour la Paix (Oslo, 10 décembre 1979). Elle avait l'habitude de dire:  "Si vous entendez dire qu'une femme ne veut pas garder son enfant et désire avorter, essayez de la convaincre de m'apporter cet enfant. Moi, je l'aimerai, voyant en lui le signe de l'amour de Dieu".

2. N'est-il pas significatif que sa béatification ait lieu précisément le jour où l'Église célèbre la Journée mondiale des Missions? A travers le témoignage de sa vie, Mère Teresa rappelle à tous que la mission évangélisatrice de l'Église passe à travers la charité, alimentée par la prière et par l'écoute de la Parole de Dieu. L'image qui représente la nouvelle bienheureuse alors que, d'une main, elle tient la main d'un enfant et que, de l'autre, elle égrène le Chapelet, est représentative de ce style missionnaire.

Contemplation et action, évangélisation et promotion humaine:  Mère Teresa proclame l'Évangile à travers sa vie entièrement offerte aux pauvres, mais, dans le même temps, enveloppée par la prière.

3. "Celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur" (Mc 10, 43). C'est avec une émotion particulière que nous évoquons aujourd'hui le souvenir de Mère Teresa, une grande servante des pauvres, de l'Église et du monde entier. Sa vie est un témoignage de la dignité et du privilège du service humble. Elle avait choisi d'être non seulement la dernière, mais la servante des derniers. Véritable mère pour les pauvres, elle s'est agenouillée auprès de ceux qui souffraient de diverses formes de pauvreté. Sa grandeur consiste dans sa capacité à donner sans compter, à donner "jusqu'à souffrir". Sa vie était une façon radicale de vivre l'Évangile et de le proclamer avec courage.

Le cri de Jésus sur la croix, "J'ai soif" (Jn 19, 28), qui exprimait la profondeur de la soif de Dieu pour l'homme, a pénétré l'âme de Mère Teresa et a trouvé un terrain fertile dans son coeur. Étancher la soif d'amour et d'âmes de Jésus, en union avec Marie, la mère de Jésus, était devenu l'unique objectif de l'existence de Mère Teresa et la force intérieure qui la faisait se dépasser elle-même et "aller en toute hâte" à travers le monde pour oeuvrer en vue du salut et de la sanctification des plus pauvres d'entre les pauvres.

4. "Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" (Mt 25, 40). Ce passage de l'Évangile, si crucial pour comprendre le service de Mère Teresa aux pauvres, était à la base de sa conviction emplie de foi selon laquelle en touchant les corps brisés des pauvres,  c'était  le  corps du Christ qu'elle touchait. C'est à Jésus lui-même, caché dans les souffrances des plus pauvres d'entre les pauvres, que son service était adressé. Mère Teresa souligne la signification la plus profonde du service:  un acte d'amour fait à ceux qui ont faim, soif, qui sont étrangers, nus, malades et prisonniers (cf. Mt 25, 35-36) est fait à Jésus lui-même.

En le reconnaissant, elle lui prodiguait ses soins avec une sincère dévotion, exprimant la délicatesse de l'amour sponsal. Ainsi, dans un don total d'elle-même à Dieu et à son prochain, Mère Teresa a trouvé le plus grand accomplissement de la vie et a vécu les plus nobles qualités de sa féminité. Elle voulait être un signe de "l'amour de Dieu, la présence de Dieu, la compassion de Dieu" et rappeler ainsi à tous la valeur et la dignité de chaque enfant de Dieu, "créé pour aimer et être aimé". Ainsi, Mère Teresa "conduisait les âmes à Dieu et Dieu aux âmes" et étanchait la soif du Christ, en particulier chez les plus indigents, ceux dont la vision de Dieu avait été voilée par la souffrance et la douleur.

5. "Le Fils de l'homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude" (cf. Mc 10, 45). Mère Teresa a partagé la passion du Crucifié, de manière particulière au cours de longues années d'"obscurité intérieure". Ce fut une épreuve parfois lancinante, accueillie comme un "don et un privilège" singuliers.

Lors des heures les plus sombres, elle s'accrochait avec plus de ténacité à la prière devant le Saint-Sacrement. Ce dur travail spirituel l'a conduite à s'identifier toujours plus avec ceux qu'elle servait chaque jour, faisant l'expérience de leur peine et parfois même du rejet. Elle aimait répéter que la plus grande pauvreté est celle d'être indésirables, de n'avoir personne qui prenne soin de soi.

6. "Seigneur, donne-nous ta grâce, en Toi nous espérons!". Combien de fois, comme le Psalmiste, Mère Teresa a elle aussi répété à son Seigneur, dans les moments de désespoir intérieur:  "En Toi, en Toi j'espère, mon Dieu!".

Rendons louange à cette petite femme qui aimait Dieu, humble messagère de l'Évangile et inlassable bienfaitrice de l'humanité. Nous honorons en elle l'une des personnalités les plus importantes de notre époque. Accueillons-en le message et suivons-en l'exemple.

Vierge Marie, Reine de tous les saints, aide-nous à être doux et humbles de coeur comme cette courageuse messagère de l'Amour. Aide-nous à servir avec la joie et le sourire chaque personne que nous rencontrons. Aide-nous à être des missionnaires du Christ, notre paix et notre espérance. Amen!

Par ELPADRE - Publié dans : SE SOUVENIR DE CEUX QUI SONT PASSES - Communauté : Chrétien
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Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /2010 05:33

 

 

http://www.herodote.net/almanach/jour.php?jour=0408

 

emot119

Voici un lien, intéressant, venez le visiter

chemin-foret

Par ELPADRE - Publié dans : SE SOUVENIR DE CEUX QUI SONT PASSES
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /2010 05:44

Allez vénérer les relique01.jpgs de la Passion à Notre-Dame-de-Paris

Tous les vendredis de Carême, de 15h à 16h, et le Vendredi-Saint de 9h à 17h30, les Saintes Reliques de la Passion du Seigneur, gardées à Notre-Dame de Paris par le Chapitre de Notre-Dame, sont présentées à la vénération des fidèles par les Chevaliers du Saint-Sépulcre.

Il s'agit de la Couronne d'épines de Jésus achetée par le roi Saint Louis (1226-1270) à Baudouin de Courtenay, empereur latin de Constantinople, à son retour de croisade, d'un clou et d'un important fragment de la Vraie Croix offerts par le Pape Saint Léon III à Charlemagne lors de son couronnement à Rome en l'an 800.

Saint Louis fit construire, pour la couronne d'épines et pour ces reliques insignes, la Sainte Chapelle qui se trouve dans le Palais de Justice. Elle fut son reliquaire jusqu'à la Révolution.

Cachées durant la période révolutionnaire, elles furent ensuite remises au Chapitre de la Cathédrale de Paris qui les plaça sous la garde des Chevaliers du Saint-Sépulcre.

A l'occasion des JMJ 1997, le Ministre de la Justice proposa que ces reliques soient exceptionnellement alors exposées à la Sainte-Chapelle afin d'y être vénérées par les jeunes dans le lieu conçu pour elles. Le "succès" fut considérable puisque la queue qui se forma ne mesura jamais moins de 2 km et qu'il fallait attendre plus de deux heures pour pénétrer dans la Sainte Chapelle !

02.pngLa couronne, plus exactement le jonc sur lequel fut placé le buisson d'épines sur la tête de Jésus, le fragment de la Croix et le clou sont sertis dans des reliquaires de cristal de roche, ce qui permet de les voir parfaitement.

Deux précisions : le Cardinal Verdier qui fut archevêque de Paris jusqu'en 1940, fit ouvrir (pour la première fois) le reliquaire de la Couronne d'épines. Quel ne fut pas son étonnement de constater que, si les feuilles en sont desséchées, le jonc lui-même est toujours vert !

Les cinq fragments de la Sainte Croix - de Saint-Pierre de Rome, de Saint-Marc de Venise, de la Cathédrale Saint-Ambroise de Milan, de Notre-Dame de Paris précisément, et de Baugé (49) rapporté de la croisade par le roi René d'Anjou, frère de Saint Louis - sont considérés comme authentiques.

Analysés tous les cinq avec les appareils hypersophistiqués de la NASA, il a été constaté qu'ils provenaient du même arbre : un chêne d'Orient du premier siècle de notre ère !

 

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N'hésitez pas à vous rendre, accompagnés de vos enfants, les vendredis de Carême, de 15 à 16h et le Vendredi-Saint 18 avril de 9h à 17h30 à Notre-Dame de Paris (la Vénération est interrompue durant le Chemin de Croix de 15 à 16h) et à faire la queue, même si elle est longue pour la baiser dévotement. Instant unique. Vous serez alors tout près de Jésus.

Paru dans l'AFALE Magazine n° 280, avril 2003

Auteur : Hélène

Présentation générale des reliques de la Sainte Chapelle à Paris

 

En 1235, le roi de France LOUIS IX (Saint LOUIS) acheta la Couronne d’épines aux Vénitiens pour la somme très élevée de 135 000 livres. Dans les années qui suivirent, il acheta d’autres reliques de la Passion du Christ directement à l’empereur latin de Constantinople, Baudouin II : un fragment de la Vraie Croix, les Clous, le Sang, la Sainte Toile ou portrait miraculeux du Christ, un fragment du Linceul, la Lance, l’Éponge, la Chaîne ou lien de fer, en tout vingt-deux reliques, selon l’inventaire de 1740. Celles-ci quittèrent ainsi la chapelle de la Vierge du Pharos dans le palais impérial du Boucoleon à Constantinople pour être regroupées dans une gigantesque chasse d’orfèvrerie, haute de plus de trois mètres, la Grande Châsse devant laquelle des lampes brillaient jour et nuit.

 

Celle-ci, à son tour, fut déposée dans un édifice extraordinaire à deux étages, construit tout exprès à cette intention, la Sainte Chapelle dans l’île de la Cité à Paris en France. Cet édifice, de 20 mètres de long sur 10 mètres de large et 20 mètres de haut fut consacré le 26 avril 1248. Il contient l’un des plus vastes (près de 700 m2) et le plus bel ensemble de vitraux de l’époque de l’époque médiévale, même si près de la moitié furent restaurés ou refaits au XIXème siècle. Parmi les quinze immenses verrières, une, la baie A malheureusement fort restaurée, illustre l’histoire des reliques de la Passion depuis leur découverte par saint HÉLÈNE, la mère de l’empereur romain CONSTANTIN, au début du IVème siècle jusqu’à leur arrivée à Paris au Xylème siècle.

Ci-contre, Saint LOUIS tenant les saints Clous au nombre de trois ainsi que la Sainte Couronne

Lors de la Révolution française, presque toutes les reliques disparurent et ce qui en resta(la sainte Couronne et un seul Clou de la Passion) est conservé aujourd’hui dans le trésor de Notre-Dame de Paris où elles ne sont visibles qu’en de rares occasions pendant le carême.

 

 

La Couronne d’épines

 

06.jpgLa Couronne d’épines conservée à Paris est en réalité un simple anneau de jonc tressé à usage domestique dans lequel on aurait enroulé dans l’Antiquité des épines de jujubier, plante épineuse poussant dans des régions semi désertiques. Celle-ci présente une grande souplesse et sert à confectionner des clôtures ou à allumer des feux de cuisson. Ici cette couronne représente une parodie du couronnement d’un roi. Remarquons qu’elle ne correspond pas à la reproduction classique d’un casque de branches épineuses mais sert seulement de support ce qui constitue un argument supplémentaire contre un faussaire médiéval.

La relique, renfermée dans un anneau de cristal relié par du bronze doré, se compose de petits joncs réunis en faisceaux. Le diamètre intérieur de l’anneau est de 21 centimètres et la section a 15 millimètres de diamètre ; les joncs sont reliés par quinze ou seize attaches de joncs semblables. Le diamètre des joncs, qui sont très fins, varie de 1 à 1,5 millimètre.

 

Les épines dures et pointues du jujubier s’enfoncèrent dans le cuir chevelu, le front et la nuque de Jésus, provoquant une douleur qui venait s’ajouter à celle provoquée par la flagellation. Certaines d’entre elles furent également acquises par saint LOUIS, indépendamment de l’anneau de jonc et se sont perdues. D’autres sont disséminées actuellement dans une centaine d’église, en particulier à la Santa-Maria della Spina de Pise en Italie, à Trèves en Allemagne et à Bruges en Belgique. Tout un travail d’étude reste à faire dans ce domaine peu connu car les deux premières reliques, par exemple, se ressemblent fortement.

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La comparaison avec d’autres reliques de la passion est également instructive.

 

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Le Linceul de Turin présente, sur sa face avant , quatre ou cinq coulées irrégulières, indiquées par le numéro 5,  de sang artériel avec présence de caillots qui, du haut du front, descendent vers le visage : elles proviennent d’une blessure à l’artère temporale.

 

 

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Par contre, une épine, entrée profondément dans l’épiderme du front, a provoqué une petite coulée de sang veineux, en forme d’epsilon (ou de trois inversé) qui rejoint l’arcade sourcilière gauche et s’est coagulée plusieurs heures avant la mort du Christ.

 

Sa forme très caractéristique se retrouve sur la plupart des représentations de la Sainte Face, sous la forme – mal interprétée par les artistes, selon les travaux de Paul VIGNON et de Ian WILSON - de deux mèches de cheveux retombant du front .

 Elle est indiquée par le numéro 15 sur le schéma général de la Sainte Face ci-contre

 

 Cette coulée s’est sans doute arrêtée au contact de l’anneau de jonc.

 

 

Sur la face arrière, le sang, plus important et de caractère mixte artérioveineux, provient de nombreuses lésions à l’artère occipitale et au réseau de veines du plexus vertébral, également indiquées par le numéro 5. Tous ces détails médicaux sont hors de portée d’un peintre, même contemporain et à fortiori médiéval.

 

De plus, l’étude du Suaire d’Oviedo qui aurait enveloppé la totalité de la tête du Christ une heure après la dernière coulée confirme que celui-ci portait la Couronne d’épines sur la croix en raison d’un saignement au niveau de l’occiput. Le moindre mouvement de la tête provoquait un mouvement des épines et par la suite un nouveau saignement du aux épines coincées par la couronne de jonc. Les derniers soubresauts du corps au moment de la mort sont la cause des derniers saignements sub-occipitaux de la face arrière décrits ci-dessus.

Les différents documents mentionnent également " une sainte toile insérée dans une table " (lettre de Baudouin II, " un écrin de bois peint où il y a une grande relique sans étiquette " (inventaire entre 1328 et 1335), " la sainte Treille insérée à la table est la face de Notre Seigneur Jésus-Christ " (inventaire de mars 1533). Ces textes semblent montrer que le célèbre Mandylion ou image du Christ imprimée miraculeusement (sur un linge ?), rapportée d’Édesse à Constantinople en 944, est peut-être entré en possession de saint LOUIS. Mais même s’il s’agit d’un objet différent du Linceul de Turin, toute certitude reste impossible puisque cette " sainte Toile ", sans doute à la base des nombreuses saintes Faces de l’art byzantin et occidental, a disparu en novembre 1793.

La sainte Lance est considérée comme l’arme qui a percé le corps de Jésus lors de sa crucifixion, ainsi que le rapporte saint Jean au chapitre 19, versets 33 à 35. Sa présence à Jérusalem est mentionnée par différents auteurs du VIème siècle comme ANTONIN de Plaisance, CASSIODORE et GRÉGOIRE de Tours. Lors de la prise de Jérusalem par les Perses en 615, la pointe de la lance fut brisée et déposée dans l’église Notre-Dame du Pharos à Constantinople en même temps que la sainte Éponge. Toutes deux furent vendues en 1242 par l’empereur latin BAUDOUIN II à saint LOUIS qui les déposa dans la grande Châsse de la Sainte-Chapelle à Paris.

 

Le reliquaire gothique de la Sainte Lance, en or et en cristal, présentait la forme curieuse d’une croix, forme que, selon Nicolas MESSARITES, gardien du trésor du palais de Constantinople, elle présentait déjà vers l’an 1200.

La Sainte Éponge, quant à elle, était contenue à l’intérieur d’une petite fiole de cristal.

Les deux reliques disparurent également dans la tourmente révolutionnaire. Seule subsiste une gravure

De nombreux fragments supposés de la Sainte Éponge subsistent dans diverses églises : Dôme de Florence en Italie, couvent d’Andeschs en Bavière (Allemagne), Mont Athos en Grèce et à Rome (Saint-Jean de Latran, Sainte-Marie Majeure).

De plus, le reste de la Sainte Lance de Jérusalem parvint à Rome en 1492, envoyé par le sultan BAJAZET au pape INNOCENT VIII. Il fut placé dans la basilique Saint-Pierre de Rome où il se trouve toujours actuellement. Au XVIIIème siècle, le pape BENOIT XIV, en comparant la pointe conservée à Paris avec la lance déposée à Rome, affirma que les deux morceaux correspondaient parfaitement.

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Lors d’un pèlerinage en Palestine daté de 326, sainte Hélène, la mère de l’empereur romain CONSTANTIN, aurait découvert la Croix de Jésus dans une citerne sur le lieu du Calvaire, ainsi que les clous par lesquels le Christ avait été crucifié. C’est l’origine de la fête de l’Invention (= découverte) de la Croix, célébrée le 3 mai.

La relique aurait alors été partagée entre plusieurs églises, le Saint-Sépulcre à Jérusalem, le palais impérial à Constantinople et Saint-Pierre de Rome.

En 614, Jérusalem est prise par les Perses de CHOSROES II qui emportent avec eux la Vraie Croix ou plus exactement un fragment de celle-ci. Elle sera rendue à l’église du Saint-Sépulcre par l’empereur byzantin Héraclius I, vainqueur des Perses en 627. C’est l’origine de la fête de l’Exaltation de la Croix, célébrée le 14 septembre.

Caché vers l’an 1000 pour échapper aux persécutions du calife fatimide al Hakim, ce fragment est redécouvert en 1099 par les croisés de GODEFROY de Bouillon. Il tomba ensuite aux mains de SALADIN, vainqueur des Croisés en 1187 et disparaît alors ou bien est divisé en multiples fragments. Mais les trois morceaux de Constantinople subsistèrent, même après le sac de la ville par la quatrième croisade en avril 1204. Et en septembre 1241, le Saint Sang et la Vraie Croix sont acquis par saint LOUIS.

 

Cette dernière arriva dans un grand reliquaire d’un mètre de haut, en argent doré sur âme de bois, contenant quatre logettes en forme de croix à double traverse, une grande et trois plus, petites, fermée par un couvercle à glissière qui, une fois ouvert, permettait de vénérer les reliques.

 

Une gravure publiée en 1790 nous en préserve le souvenir car ce reliquaire a également disparu à la Révolution française.

A l’heure actuelle sont conservés dans le trésor de Notre-Dame de Paris un clou de la passion et un fragment de la Vraie Croix, provenant de la sainte-Chapelle. Son volume est d’environ 237 cm3 ce qui constitue le sixième morceau en volume après ceux du Mont-Athos (878 cm3), de Rome (537 cm3), de Bruxelles (516 cm3), de Venise (445 cm3) et de Gand (436 cm3).

 Mais l’ensemble des 75 morceaux répertoriés à ce jour ne dépasse pas un volume de 5000 cm3 et n’atteint donc pas le dixième du volume d’une croix tout entière de plusieurs mètres de hauteur et de largeur.

 Aussi les railleries de CALVIN et de LUTHER à la Renaissance selon qui " avec les reliques de la Vraie Croix on ferait la charpente d’un immense bâtiment " ne sont fondées que sur des préjugés sans fondement.

Rien ne remplace l’observation minutieuse des faits. Dans ce cas-ci également, il y a eu déperdition et non fausse multiplication.

 

 

 

Quant aux clous, ils étaient vraisemblablement au nombre de quatre et de grande dimension puisque Jésus invita Thomas à y mettre son doigt (Jn 20, 24-29). C’est le cas de la trentaine de " clous de la Passion " conservés de nos jours, entre autre à Notre-Dame de Paris, à Florence dans la chapelle Degli Angioti, à Trèves et dans la cathédrale de Monza en Lombardie (Italie) où se trouve la couronne de fer des rois lombards.

Mais comment expliquer ce nombre élevé ? Sans doute parce qu’on a recréé de " saints clous " à partir de la limaille d’un vrai clou ou par simple contact physique.

Sources

La Sainte Chapelle, Dossiers de l’archéologie N° 264, juin 2001 : article de M. Jannic DURAND, conservateur en chef au Département des Objets d’Art du Musée du Louvre

Jean LÉVÊQUE et René PUGEAUT, Le Saint-Suaire revisité, Sarment-Éditions du Jubilé, 2003

Dr Jean-Maurice CLERCQ, La Passion de Jésus, Françoix-Xavier de Guibert, Paris, 2004

Encyclopédie Wikipedia, articles Sainte Lance et Vraie Croix

M.GAINET, la Bible sans la Bible

Mise à jour :

Auteur : Fernand LEMOINE

 

Par ELPADRE - Publié dans : SE SOUVENIR DE CEUX QUI SONT PASSES - Communauté : Chrétien
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /2010 05:35

Un entretien de Jean Daniel avec le cardinal Jean-Marie Lustiger

 

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Jean DANIEL— Ce que célèbre Jésus pendant la Cène, c'est bien la Pâque juive ?

Mgr LUSTIGER. — Jésus a célébré avec ses disciples la Pâque juive — la fête de Pessah. On discute entre exégètes pour savoir si la Cène a été effectivement le repas pascal, un repas pascal anticipé, ou encore un repas sabbatique identifié après coup au repas pascal. Dans l'Évangile, celui de saint Luc en particulier (22, 14-20), chaque détail de la Cène trouve son sens plein s'il est fondé sur la célébration rituelle de la Pâque. La célébration de la Pâque, Jésus la fait avec ses disciples comme une nouvelle famille, il joue le rôle de chef de famille. A la fin du « Seder » (repas de la Pâque juive), ajoute Marc, ils chantèrent les « psaumes », le Hallel. La célébration eucharistique des chrétiens tire tout son sens de cette origine. De nos jours, on présente souvent l'eucharistie comme un repas. On a tout à fait raison. Mais on pense alors aux repas de fête, tels qu'on les célèbre dans notre société. Or, des repas de fête, même sacrés, existaient en quantité dans le paganisme. Aujourd'hui encore, les racines païennes de notre culture sont proches. L'eucharistie, ce n'est ni un repas sacré païen ni un « repas de fête », au sens habituel d'aujourd'hui. C'est le repas partagé, hâtif de la Pâque, qui plonge dans une symbolique sacrificielle encore très présente à l'époque de Jésus : l'agneau du festin était immolé au Temple. Sans cette référence, l'eucharistie elle-même perd son sens.

J. D. — Parce qu'il y a déjà, dans la Pâque juive, l'évocation de la chair et du sang.

Mgr LUSTIGER. — Le sang dont il est question reprend textuellement la formule de Moïse : « Ceci est le sang de l'Alliance » (Exode 24, 8). Jésus l'a récitée (Marc 14, 24). Car l'eucharistie est un mémorial (zikkaron en hébreu). « Vous ferez cela en mémorial de moi » (Luc 22, 19). C'est beaucoup plus qu'un simple souvenir : il fait droit au passé comme à l'avenir, car la signification de la Pâque est messianique.

 

 

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J. D. — Comment peut-on dire que l'eucharistie est un mémorial ?

Mgr LUSTIGER. — Elle est doublement un mémorial. D'abord au sens où la Pâque juive est mémorial : la Pâque chrétienne fait sienne la mémoire d'Israël...

J. D.  — C'est-à-dire la célébration de l'Alliance et de la sortie d'Egypte.

Mgr LUSTIGER. — Oui. Au cours de la Semaine sainte, et notamment dans la célébration du Samedi saint : toute l'histoire  du salut, de la création jusqu'à l'accomplissement des temps, est remémorée liturgiquement dans les lectures. A son tour, l'eucharistie fait mémoire de ce dont Jésus a fait mémoire. Ainsi les païens ont accès à la mémoire d'Israël en partageant le mémorial de Jésus puisque, ce faisant, ils participent à l'action de grâce de Jésus, fils obéissant de la promesse. Un chrétien qui ne ferait pas sienne cette mémoire de Jésus, qui inclut la mémoire d'Israël, n'accueillerait pas la grâce qui lui a été faite. En cela, d'ailleurs, les liturgies chrétiennes sont fidèles au rituel juif de la Pâque célébrée par Jésus.

J. D.  — Jésus fait pénétrer le judaïsme chez les incroyants ?

Mgr LUSTIGER. — Il fait pénétrer les païens dans la grâce donnée à Israël. Il permet d'avoir part à l'Alliance avec Dieu. Selon nous, chrétiens, c'est cet événement qui était annoncé par les Prophètes.

J. D.  — Et quel est le second aspect ?

Mgr LUSTIGER. — C'est précisément cela : ce mémorial vécu par Jésus est devenu mémorial de Jésus lui-même, de l'offrande de Jésus qui saisit l'homme souffrant en état de rupture et de péché, de détresse, vivant loin de Dieu, et l'invite à s'en rapprocher, au lieu de s'enfermer dans le refus et le désespoir. En fils, il a offert lui-même sa vie et sa liberté à l'unique Père des cieux. Il fait entrer tous les hommes dans la condition filiale... Il y a même beaucoup plus que cela. Nous disons : Jésus est le fils de Dieu, le « fils unique » de Dieu. Avant de donner à ces mots le sens qui nous ouvre sur le mystère de Dieu lui-même et de son Verbe éternel, il ne faut pas oublier qu'Isaac, le premier, a porté ce titre de « fils unique » de son père Abraham (Genèse 22, 2-16) et qu'Israël a été appelé le «fils bien-aimé de Dieu » (Osée 11, 1 ; cf. Exode 4, 22). Jésus se présente comme le fils obéissant qui « accomplit la volonté du Père des-cieux ». C'est là une phrase de révélation, une « voix du ciel » dite sur Jésus, au moment du baptême, de la Transfiguration : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le » (Matthieu 3, 17 ; 17, 5).

J. D.  — Sauf que la Bible parle du « peuple ».

Mgr LUSTIGER. — La Bible dit « serviteur », « élu » et « fils ». Israël est personnifié comme fils, et en même temps, le messie-roi est présenté comme fils. Fils est donc un terme dont la signification est à la fois collective et personnelle. Mais entendons-nous : la vraie condition filiale, c'est d'accomplir parfaitement la volonté de Dieu Père. C'est à l'intérieur de cette obéissance, de cette conduite humaine devenue filiale et non pas servile, non pas craintive, que la condition de fils se réalise. Dire qu'Israël est fils ou dire que Jésus est fils en sa condition humaine, cela veut dire que l'humanité se perçoit non, comme dans les cosmogonies païennes, physiquement issue de Dieu mais participant à la vie, de Dieu par grâce, par choix gratuit et par libre amour de Dieu. C'est ainsi que l'homme trouve sa plénitude. Il entre, à l'égard du Dieu inconnaissable, dans une relation qui lui permet de connaître le mystère de Dieu et de trouver par grâce l'accomplissement de la liberté, comme Jésus lui-même le dit à ses disciples dans le Sermon sur la Montagne.

J. D.  — Dans cette partie de votre analyse, vous n'abordez pas la divinité de Jésus.

Mgr LUSTIGER. — Je parle à la fois de la condition filiale d'Israël et de la condition humaine filiale de Jésus. Il n'y a pas de séparation entre Jésus et Israël. Les évangélistes témoignent de l'histoire de Jésus en la référant sans cesse à l'histoire d'Israël. C'est en ce sens que Jésus est l'accomplissement d'Israël (cf. Matthieu 5, 17.). Le mot est terrible car il a souvent été entendu comme signifiant l'anéantissement du judaïsme et justifiant la persécution des juifs.

J. D.  — Vous voulez dire que l'épanouissement d'Israël en Jésus n'implique pas...

Mgr LUSTIGER. —...N'implique pas la disparition historique d'Israël et ne rend vaines ni son existence historique ni sa vocation spirituelle.

J. D.  — ...Ni sa survie...

Mgr LUSTIGER. — ... Ni sa vie, ni sa mission.

J. D.  — Iriez-vous jusqu'à dire, dans votre évocation de la dimension mémoriale de la Pâque, que, dans cet acte de Jésus, la volonté de ne pas faire de -prosélytes a été violée, c'est-à-dire qu'il y a eu accès à l'universalité ?

Mgr LUSTIGER. — L'accès à l'universalité est à la fois antérieur et postérieur à la dernière Pâque célébrée par Jésus. Jésus lui-même l'affirme en une expression tirée d'Isaïe — « pour la multitude » —, d'abord énigmatique pour ses disciples : « Ceci est la coupe de mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. » Dès les débuts de l'alliance avec Israël, dès la promesse à Abraham (Genèse 12, 3) et dans toute la continuité de l'Alliance et de l'espérance donnée par les Prophètes (Isaïe, Jérémie, Ezéchiel) tout comme par Daniel, l'ouverture aux nations est constamment le sens et la clé de la vocation d'Israël.

J. D.  — Mais avec une mission, gardée pour Israël, d'être témoin parmi les nations ?

Mgr LUSTIGER. — Oui, bien sûr. Avec l'idée que toutes les nations viendront et adoreront, et Israël aura la surprise de voir « des enfants qu'il n'a pas enfantés ».

L'universalisme est inscrit comme une espérance dès la vocation d'Abraham : « Par toi se béniront toutes les nations de la terre. » La singularité de la vocation du peuple juif, dans sa constitution même, n'a de sens que dans cette ouverture universelle. Ce n'est pas une promesse d'hégémonie universelle : ce n'est pas le peuple du centre du monde, qui verra venir à lui la totalité de l'univers. C'est une mission vis-à-vis de tous, parce que Dieu se révèle le Dieu de tous les peuples et pas seulement d'Israël ; il ne se fait le Dieu d'Israël que parce qu'il a choisi Israël, qui n'est rien par lui-même, pour en faire l'instrument de son amour pour toutes les nations. Prenez le récit de la Création. La Genèse montre comment le Dieu d'Israël est le Dieu de tous les hommes. Il est le même et l'Unique.

Deuxièmement, l'universalisme s'inscrit dans la vie de Jésus lui-même. Au cours de sa vie, des éléments anticipateurs sont soigneusement marqués par les évangélistes. Jésus lui-même a dit : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la Maison d'Israël » (Matthieu 15, 24). Il accepte de son Père des Cieux cette délimitation à Israël du champ de son action. L'ouverture du Règne de Dieu aux nations païennes ne sera accomplie qu'au-delà de sa propre mort ; cependant, il y a dans le temps de la vie de Jésus des prophéties et des anticipations de la conversion des nations païennes que les évangélistes ont mises fortement en lumière.

J'en cite une très connue, c'est la parabole de l'enfant prodigue (Luc 15). Le sens de la parabole est le suivant. Le fils aîné, qui est resté avec le Père, c'est Israël. Le Père, c'est Dieu. Et le fils aîné est toujours avec le Père, et il doit se réjouir de l'amour du Père. Le fils cadet, lui, a réclamé sa part d'héritage, et l'héritage dont il est question ce sont les biens divins, la connaissance de Dieu. Il s'en est allé au loin, dans le pays de la mort. Il a dilapidé l'héritage et il n'a plus rien. C'est le païen. Il est, du. coup, esclave, et il voudrait bien se nourrir de ce dont se repaissent les troupeaux de porcs. Or, dans le Proche-Orient, les porcs sont les animaux sacrés qui symbolisent la mort, d'où l'interdit alimentaire pour les juifs. La mort n'est pas un dieu. Celui qui est dans les mains de Dieu ne peut voir aucune complicité avec la mort. Donc, le fils cadet est devenu esclave de la mort, ramené au rang des animaux. Il dit : je veux retourner chez mon père, parce que là j'aurai la vie. Le père l'accueille, et vous connaissez la suite de la parabole.

Le sens de la parabole, c'est que le cadet est, lui aussi, un fils. C'est dire à Israël : attention ! Les païens sont des fils perdus, et la joie de Dieu, c'est de retrouver ses fils. Ils ont donc autant de droits que vous aux biens du Père, ils en ont même plus ! Ils en ont plus parce que ce sont des fils repentis, des fils perdus retrouvés, des fils morts revenus à la vie. Et toi, qui es demeuré juste et fidèle, tu n'as pas à te plaindre, « tu es toujours avec moi », donc tu dois te réjouir de ma joie de retrouver ton frère, qui était perdu. En retrouvant ton frère, tu dois être heureux de ma joie à moi, qui est de le retrouver, et tu ne dois pas être jaloux de sa part d'héritage. Cette parabole est clairement une parabole juive et ne pouvait être exposée en dehors de ce contexte.

Ensuite, il y a, dans la vie même de Jésus, des moments précis qui annoncent l'entrée des païens dans l'Alliance avec Dieu. Par exemple, on nous raconte la guérison de l'enfant du centurion de Capharnaüm (Luc 7, 1-10), et l'on voit bien la différence d'attitude entre les païens et les juifs. Les juifs s'approchent de Jésus, l'enserrent de partout, le touchent, ils sont physiquement en contact (Luc 6, 17-19). Le païen, lui, vient de loin et dit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres dans ma maison. N'y entre pas. » Jésus admire et dit : « Vraiment, je n'ai jamais vu une telle foi en Israël. » Donc, par la foi, le païen accède au salut, et le récit annonce le salut qui sera donné aux païens.

Tout se passe comme s'il y avait eu promesse, dans la vie d'Israël, et anticipation, dans la vie de Jésus, de cette ouverture du salut aux nations. Mais cet événement n'est arrivé qu'après la mort et la résurrection de Jésus. Il s'est produit à la Pentecôte par le don de l'Esprit qui, ainsi, élargit d'un seul coup le cercle des disciples de Jésus et suscite un peuple nouveau (Actes 2), un peu déjà à la manière dont Ezéchiel, dans l'épisode des ossements desséchés, a prophétisé la résurgence du peuple (Ezéchiel 37).

Voilà l'événement qui a donné naissance à l'Assemblée, l'« Ecclesia » des juifs et des non-juifs, qui a provoqué un clivage avec la Synagogue. Ce n'est pas la Passion qui est le moment de rupture : la passion du Christ révèle, bien au contraire, que tous les hommes sans distinction sont comme emprisonnés ensemble par leur complicité dans le péché ; saint Paul l'affirme avec force au début de sa lettre aux Romains.

Les évangélistes soulignent que la totalité des hommes est compromise dans la mort du Christ, Rome tout autant que le peuple d'Israël. Il y a, notamment, une très lucide analyse du pouvoir romain, qui prétend à la justice. Et c'est Pilate, le représentant du pouvoir et du droit, qui commet la suprême iniquité : « Je ne reconnais aucun motif de condamnation contre lui... » (Jean 18, 39 ; 19, 4-6). « Je suis innocent de son sang... » (Matthieu, 27, 24). Alors qu'il est responsable et qu'il prétend assurer la justice, l'équité, il condamne consciemment un innocent. C'est le mensonge par excellence qui se justifie lui-même par le scepticisme. « Qu'est-ce que la vérité ? », riposte Pilate à Jésus. Dans ce procès, certains représentants d'Israël aussi ont été compromis : des anciens, des prêtres, des scribes. Et le peuple, selon saint Luc, est réduit à un rôle muet. Il regarde, comme s'il ne comprenait pas, Le mot grec employé par Luc (23, 13, 27,  - , c'est « laps », le peuple sacré, le « peuple saint ».

J. D.  — Il est saint et il ne comprend pas ?

Mgr LUSTIGER. — Il est muet. Il était là, à regarder. Tout le monde est compromis, y compris les disciples, qui ont peur et qui s'en vont, qui fuient. Telle est la dimension universelle de la Croix du Christ. La Passion du Christ sert de révélateur de la totalité du mal qui existe dans le monde et en chacun.

J. D.  — A partir de quel moment tous ces gens, qui vont le reconnaître, ont-ils compris le sens de sa mort et ont-ils compris la promesse de la résurrection ?

Mgr LUSTIGER. — Jésus demeure obscur, incompréhensible pour tous jusqu'au jour où ils reçoivent le « don » promis, qui leur permet d'entrer dans l'intelligence de la Sagesse de Dieu.

Ainsi les disciples d'Emmaüs, dans saint Luc (Luc 24). Les deux hommes sont en route, partis de Jérusalem juste après le Chabbat ha-Gadol, le Grand Sabbat, donc le dimanche même, et ils marchent tout tristes. Quelqu'un les rejoint sur la route et leur demande : « Qu'avez-vous à être tout tristes ? » Alors, ils lui disent : « Tu es bien le dernier à Jérusalem à ne pas savoir ce qui s'est passé ! Jésus, un prophète puissant en action et en parole — nous espérions que c'était lui qui délivrerait Israël — est mort voilà trois jours. Il est vrai que quelques femmes sont venues nous raconter qu'elles ne l'avaient pas trouvé dans son tombeau. Mais... » A ce moment-là, l'inconnu leur commenta toutes les Ecritures : « Esprits sans intelligence, coeurs lents à croire tout ce qu'ont annoncé les prophètes... Ne savez-vous donc pas qu'il fallait que le Messie souffrît pour entrer dans sa gloire ?... » Et, commençant depuis le commencement, il leur expliqua toutes les Ecritures. Les hommes ne comprennent pas encore. Arrive le dernier épisode d'Emmaüs, qui est très mystérieux. Ils lui disent : « Reste avec nous, il se fait tard... Nous arrivons à une auberge, viens avec nous. » Puis, au moment de se mettre à table, ils le reconnaissent « à la fraction du pain », et « il leur devint invisible ».

Alors les disciples se disent : « Notre cœur n'était-il pas tout brûlant pendant qu'il nous expliquait les Ecritures ? », et ils retournent à Jérusalem en toute hâte « pour faire part aux apôtres de ce qui leur est arrivé ».

Donc, les disciples ne comprennent qu'à partir du moment où ils reçoivent ce que la Passion du Christ et sa Résurrection étaient destinées à donner à l'humanité. Le don promis, c'est l'Esprit-Saint qui change le coeur de l'homme. C'est l'Esprit qui rend « brûlants », vivants les coeurs de pierre, selon l'oracle du prophète Ezéchiel. Seul cet Esprit permet aux disciples d'accéder au mystère de la Passion, de comprendre « pourquoi il fallait que le Messie souffrît ».

La Cène est la nourriture du peuple messianique qui voit dès maintenant cette transfiguration et l'enfantement qui est en train de se produire.

J. D.  — C'est-à-dire que sans la Passion et la Résurrection, il n'y a pas d'accomplissement ?

Mgr LUSTIGER. — Seul le don de l'Esprit du Ressuscité anticipe l'accomplissement des temps.

J. D.  — De quoi Judas est-il le symbole, alors, dans cet absolu de la Passion ? Il est l'instrument de la divinité...

Mgr LUSTIGER. — C'est l'extrême paradoxe.– Je pense que Judas est, par rapport aux disciples, ce que la mort est dans l'expérience du Christ lui-même, une victoire apparente du Mauvais, du mal sur le bien. L'idée qu'il faut que le Messie souffre et meure est, en elle-même, scandaleuse. C'est une négation de Dieu. C'est le scandale majeur. L'idée que, parmi les disciples, il y ait comme l'expression d'un refus définitif et l'enfermement dans le désespoir est un autre scandale, indissociable de celui de la mort de Jésus. Mais Jésus a vaincu la mort, il est mort aussi pour Judas.

J. D.  — Son symbole reste énigmatique pour vous ?

Mgr LUSTIGER. — Enigmatique et scandaleux comme la mort. Judas et Pierre ne peuvent pas être séparés. Pierre renie et se repent. Judas trahit et désespère. Ce sont deux faces de l'homme. Il ne nous est rien dit du comportement des autres disciples pendant la Passion de Jésus, sinon qu'ils s'enfuient, qu'ils ne sont pas là. Les deux apôtres qui ont un visage personnel, qui jouent un rôle dans la Passion, ce sont Pierre et Judas. Les autres n'apparaissent qu'en groupe... à part un, anonyme : « le disciple que Jésus aimait ».

J. D.  — Dans la dimension humaine et historique, tout se passe comme si Judas jouait quand même le rôle du mal, supportant un péché, devant le payer et devant subir un châtiment.

Mgr LUSTIGER. — Oui.

J. D.  — Est-ce compatible avec ce que vous dites de la fatalité de la Passion ?

Mgr LUSTIGER. Oui. Il y a la parole que rapporte saint Luc « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » (Luc 23, 34). La prière de pardon dite par Jésus sur tous ceux qui furent les instruments de sa Passion, les bourreaux, le peuple, tout le monde, est une parole de miséricorde, ce n'est pas une amnistie facile et irresponsable. La miséricorde, c'est l'autre face de la vraie justice.

Quand les hommes condamnent le Juste, son innocence fait apparaître le mal caché qui est en tout homme, elle démasque jusqu'où va le mal. Dans ce crime il devient clair que le mal a une complicité avec la mort. C'est là la cohérence ultime de la condition humaine révélée par le Juste crucifié. Il manifeste notre liberté blessée, notre volonté du mal qui conduit à la mort de l'homme, cause l'homicide, la mort de l'autre, ou le suicide, sa propre mort. La figure de l'Innocent dévoile le mal en en acceptant les conséquences jusqu'au bout. A la limite, l'Innocent meurt non par décret mais parce qu'il accepte de subir jusqu'au bout les conséquences du mal, pour que ce mal soit dévoilé, mis à nu et pris par le pardon de Dieu.

A celui qui doute encore et qui « regarde » le crucifié, il faut que se révèlent l'abîme de la liberté et la profondeur de l'Espérance. Et aussi la profondeur du pardon.

Dans cette vision juive et chrétienne de la souffrance, plus rien ne peut étonner de la part de l'homme. Celui qui la partage ne peut plus désespérer de l'homme, parce qu'il est allé jusqu'au fond absolu du désespoir, et en est sorti avec le crucifié. Dès lors, le disciple de Jésus ne peut plus dire simplement d'un homme qu'il est bon ou mauvais car il sait désormais que tout homme, et lui-même aussi, peut aller jusqu'à l'extrême du mal, et pourtant il sait que ce même homme est destiné à l'extrême du bien, et que le pardon lui est donné.

J. D.  — Sauf que, pour les gens extérieurs à l'Église, il semble que dans le judaïsme la mort reste un scandale, tandis que le christianisme l'intègre.

Mgr LUSTIGER. — Elle demeure un scandale pour le chrétien comme pour le juif. Et le judaïsme le premier est une réponse à la question de la mort, une promesse de vie. Dans la grande prosopopée : « Mort, où est ta victoire ? Mort, où est ton aiguillon ? » (1 Corinthiens 15, 55), saint Paul cite Isaïe et Osée (Isaïe 25, 8 et Osée 13, 14). Mais la mort demeure un scandale, scandale redoublé, folie inconcevable d'un Messie crucifié. Le scandale de la condition mortelle de l'homme s'exprime dans la stupeur de devoir mourir. La mort et son imprévisibilité m'apparaissent toujours comme une injustice, même si j'arrive à me raisonner en me disant que je suis un être biologique, ou si, à un moment donné, et en ayant assez de vivre, je me trouve rassasié de la vie. Mais le scandale de la mort — c'est une expression de saint Paul —apparaît en toute son ampleur dans le scandale de la Croix (1 Corinthiens 1, 18-25), le scandale de la mort injustement subie du Messie. Par aucun homme la mort n'est aimée. Pour le disciple du Christ ressuscité qui a appris à aimer la vie puisqu'elle est donnée par Dieu, ce scandale redouble et ne peut être surmonté qu'en étant associé à l'épreuve du Christ. Faire du christianisme une exaltation de la mort, c'est faire fi de la conscience qu'ont eue le Christ et la première génération chrétienne du rôle sacrificiel (et rédempteur, au sens de délivrance) de l'offrande du Christ dans sa mort. Je pense que la conscience juive est capitale ici pour comprendre le Messie souffrant ; cette expérience-là, elle en connaît le prix. Jésus lui-même a lu ou entendu lire dans la synagogue de Nazareth le rouleau du prophète Isaïe : « Nous le pensions accablé, puni... Nous pensions que c'était un homme châtié. En fait, c'était nos souffrances qu'il portait, nos iniquités dont il était accablé » (Isaïe 53, 3-4). Ces versets sont parmi les plus bouleversants de toute la Bible. On ne peut comprendre le sacrifice du Christ que si l'on garde présent à l'esprit que Dieu lui-même a comme un effroi profond devant la mort (Matthieu 26, 36-46).

J. D.  — Et la résurrection, n'est-ce pas une façon d'imaginer un double de ce monde ?

Mgr LUSTIGER. — La résurrection, c'est la foi en la puissance de Dieu, qui fait vivre l'homme divinement dans la plénitude de sa condition historique, y compris. corporelle. Elle est littéralement irreprésentable, même si elle a nourri des fantasmagories.

J. D.  — Il y a quand même une référence évangélique à la résurrection du Christ. Il est apparu tel qu'il était avant...

Mgr LUSTIGER. — Pour montrer son identité tout en se manifestant comme les prémices et le gage d'une nouvelle création. Cela ne nous permet en aucune façon d'imaginer notre propre avenir de ressuscités. La foi en la résurrection relève de la foi en Dieu, pas d'une croyance imaginaire en ce que nous deviendrons.

J. D.  — C'est-à-dire que les rares témoins de la résurrection du Christ ne pouvaient pas espérer avoir une résurrection identique ?

Mgr LUSTIGER. — Si ; mais la seule chose qui apparaisse, c'est que dans la participation à la vie divine la mort est vaincue en lui. « Je fus mort, et voici je suis vivant » (Apocalypse 1, 18).

J. D.  — Mais pour eux, c'était représentable ?

Mgr LUSTIGER. — La seule analogie de la résurrection, en cette vie présente, la seule anticipation que j'en aie actuellement, c'est ce que Dieu me donne déjà en me permettant de vivre avec lui et de lui. Dans mon corps mortel, il met déjà une énergie divine dont je sais qu'elle est capable de vaincre ma mort, mais d'une manière que je ne peux pas imaginer. Je puis recevoir un avant-goût de la résurrection, car, marchant dans les traces du Christ-Messie, je puis lui être uni dans l'Esprit-Saint, et je me souviens qu'il a vécu cette vie, qu'il a traversé notre vie et notre mort vers le Père. Il demeure présent à l'histoire humaine, mais non à la manière d'un fantôme, d'un survivant. Il n'y a pas de mausolée qui contienne son corps. Les prémices de la résurrection qu'il a inaugurée dans l'histoire et dans le coeur des hommes auxquels il confère l'onction messianique de l'Esprit qui vivifie font croître, grandir dans l'histoire son corps qui est l'Eglise.

J. D.  — Vous vous rendez compte, en disant tout cela, que vous allez dans le sens contraire de tous les arguments qui ont servi au prosélytisme séculaire, et même au pari de Pascal ?

Mgr LUSTIGER. — Je ne crois pas que Pascal ait parié sur la résurrection, dans cette page écrite en une nuit.

J. D.  — Dans l'implicite du pari, il y a cela...

Mgr LUSTIGER. — Peut-être, mais en tout cas je ne crois pas que ce pari « probabiliste » puisse être décisif. Il est peut-être même fallacieux, faute d'avoir correctement identifié l'enjeu. Car la vie éternelle, au sens où en parle l'Evangile, commence dès à présent. Je ne pourrais pas croire à la puissance de résurrection à laquelle je crois, mais qui est complètement irreprésentable pour moi, si elle ne venait pas à moi comme une parole que Dieu me donne, comme une espérance que Dieu me donne avec son Esprit d'adoption. Ce dont je parle ici n'est pas une expérience marginale. Il ne s'agit pas d'« expériences rares », du type initiatique. C'est la condition ordinaire de celles et de ceux qui sont appelés à n'être qu'un avec le Christ en participant à sa condition de ressuscité (cf. Romains, 6, 3-11). Cette vie est inscrite dans l'opacité des jours, dans les faiblesses humaines, dans les failles de l'existence.

J. D.  — La célébration de Pâques, dans ce sens, devient, au fond, l'identification avec l'essence du christianisme.

Mgr LUSTIGER. — Oui. Car la vie chrétienne est une réitération de la Pâque.

J. D.  — Alors, comment voyez-vous, d'abord, la justification de la survie d'Israël, étant donné l'importance de ce qui lui est arrivé avec Jésus, selon vous ?

Mgr LUSTIGER. — La survie d'Israël — mais je préférerais dire simplement la vie d'Israël —est inscrite dans la promesse de Dieu. Dieu ne peut pas se démentir. Quand Dieu donne, il ne renie pas ce qu'il a donné et promis : « Les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance » (Romains 11).

J. D.  — Et la coexistence d'Israël et des nations ?

Mgr LUSTIGER. — La relation entre Israël et les nations me semble exprimée dans la parabole des ouvriers qui ont été embauchés par le maître de la vigne à différentes heures de la journée (Matthieu 20, 1-16). Les premiers, ce sont les juifs ; les derniers, ce sont les païens. Ils reçoivent cependant « le même salaire » que les premiers, alors que, pourtant, ils ont été embauchés les derniers. Un jour Dieu essuiera toute larme des yeux (Apocalypse 21, 4) ; l'humanité sera comme une famille arrachée à la mort et réconciliée. Tel est, pour les juifs comme pour les chrétiens, l'accomplissement eschatologique, ultime, de toutes choses. Or, manifestement, cet accomplissement ne nous est pas encore donné comme une possession mais comme une espérance. Dans cette attente, la relation d'Israël aux païens demeure une des tensions constitutives de notre histoire dont l'accomplissement est attendu comme une « résurrection d'entre les morts », nous dit Paul (Romains 11, 15).

Les païens, d'ailleurs, ne sont pas tous entrés dans l'Alliance. Nombreux sont les païens qui refusent l'Alliance, et Israël doit demeurer, jusqu'à l'accomplissement des temps, le témoin de la promesse de Dieu, avec sa vocation propre de fils aîné.

Dans la conception chrétienne de l'histoire, le monde reste divisé en juifs et en païens. Le juif est celui qui a reçu l'Alliance, il est témoin historique de l'initiative de Dieu. Le païen est celui qui n'a pas reçu cette mission : il attestera la surabondance de la miséricorde première.

Le juif doit reconnaître le don qui lui a été fait, don gratuit, et le païen n'a accès à son tour à cette grâce qu'en reconnaissant celle qui est faite en premier à Israël. Le peuple des « chrétiens », c'est-à-dire littéralement ceux qui appartiennent au Christ, au Messie, est fait du rassemblement des juifs et des païens, ainsi qu'en témoignent saint Paul et les Actes des Apôtres.

Autrement dit, il y a toujours une interdépendance. Supprimez l'un des termes et vous supprimez le champ même où apparaissent l'initiative et l'action divines. Alors le conflit apparaît. Dans l'Évangile, il est plusieurs fois question de la « jalousie » entre les fils : l'un ou l'autre prétend s'emparer de la totalité de l'héritage. L'un et l'autre doivent reconnaître, par l'acceptation du don que Dieu fait à son frère, que lui-même n'a pas d'autre droit que la gratuité de l'amour que Dieu lui porte. Chacun est pour l'autre témoin de l'amour. Il faut donc que subsistent les deux termes, Israël et les païens. Non pas comme des entités archéologiques mais comme des données constitutives de l'histoire de l'Église.

Il y a même davantage. En l'église Sainte-Sabine, à Rome, on peut admirer deux figures complémentaires de l'Église, l'« ecclesia ex circumcisione » et l'« ecclesia ex gentilibus ». C'est une image tout à fait différente de celle de la cathédrale de Strasbourg. A l'intérieur de l'Église aussi, l'identité juive persiste comme un élément de la grâce qu'elle a reçue, comme un rappel permanent de son absolue gratuité, comme le signe de l'amour de Dieu.

J. D.  — A Chartres, en tout cas, il y a sur un des portails tous les apôtres sur les épaules des prophètes...

Mgr LUSTIGER. — Oui, mais à Rome, l'idée est que l'Église n'est dite catholique — kath olon — que parce qu'elle est d'abord constituée des juifs et des nations.

J. D.  — Voulez-vous dire que, pour l'Église, tant que les païens existent, le judaïsme persiste ?

Mgr LUSTIGER. — La tradition ancienne de l'Église a compris de la sorte l'histoire du salut. Je viens de l'exposer en référence à la lettre aux Romains de Paul. Et c'est bien ce qui se fait jour dans le moment que nous vivons, un moment de rédemption et de délivrance. Sinon, ce serait prononcer la fin de l'histoire. Qui peut le faire, sinon Dieu seul ? Il est vrai qu'une autre compréhension de l'histoire et de la place d'Israël dans l'économie du salut s'est fait jour dans la pensée chrétienne après la période patristique.

J. D.  — Le fait que le christianisme ait besoin du judaïsme, cela vous invite-t-il à ne pas appeler à la conversion... ?

Mgr LUSTIGER. — Tout homme est appelé à se retourner vers Dieu, à se « convertir ». Par quel chemin ? C'est le secret de chacun, que Dieu seul connaît, et qui s'inscrit dans le secret de l'achèvement de l'histoire.

J. D.  — Que diriez-vous à des hommes qui tâtonnent peut-être vers Dieu ?

Mgr LUSTIGER. — Je pense que le vrai débat est sur la vie, sur la résurrection. J'ai envie de dire à chaque homme que je rencontre : « Laisse-toi saisir par la vie. » S'il nous est difficile de croire à la résurrection, c'est parce que nous ne voulons pas nous laisser saisir par Dieu qui fait vivre.

Je dirais que la vraie question — et elle est parfois posée —, c'est : est-ce que la vie de l'homme est autre chose que ce dont l'homme se rend maître ? Aujourd'hui, l'homme pense être devenu davantage le maître de la vie. Mais il découvre alors qu'il n'est pas si facile que cela de vivre. Le drame de notre civilisation, c'est qu'elle engendre la mort à mesure qu'elle veut améliorer ou même sauver la vie. Nous découvrons qu'il est difficile d'aimer la vie. Aimer la vie, c'est être transformé par Dieu, le Vivant qui ressuscite des morts. Je crois que Freud a eu raison quand il a souligné l'importance de l'instinct de mort.

Avoir foi en la résurrection, c'est d'abord arracher de son coeur la complicité avec la mort. Et cela, c'est un miracle.

Si j'avais un choix à faire parmi les gens à qui je voudrais aujourd'hui m'adresser, je choisirais en priorité, même si cela peut surprendre, deux types de femmes et d'hommes. Les premiers, ce sont celles et ceux qui ont en eux la tentation du suicide, quelle qu'en soit l'origine et quelle que soit leur façon de se détruire : morale, psychique ou physique (on peut se détruire de bien des façons, pas simplement physiquement). A ceux-là je voudrais dire : votre vie est plus que vous ne pensez. Acceptez non pas cette vie telle qu'elle est, mais acceptez de recevoir la vie ; elle vous vient de plus loin que vous, elle est plus belle que vous ne pensez. Croyez à la vie que vous avez reçue et acceptez-en l'épreuve.

Et les seconds, ce sont celles et ceux qui ont envie de tuer. Il y a bien des manières de tuer. Dans la Bible, la haine fait partie du meurtre. Le mépris, le refus de l'autre, la vengeance font partie du meurtre ; c'est aussi tuer son frère que de le priver de ce qui lui est nécessaire, du droit de parler, etc. A ceux-là je voudrais dire : cet autre qui est là devant vous, que vous haïssez, il vous est donné comme un signe de la vie et de Dieu. Arrêtez-vous : acceptez-le, ne le tuez pas, aimez-le (Matthieu 5, 21-26, 43-48).

Par ELPADRE - Publié dans : SE SOUVENIR DE CEUX QUI SONT PASSES - Communauté : Chrétien
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